POURQUOI CORA ET LES PHILIPPDIES SO~T EN INSURRECTION 427 éloigné un facteur spécial que nous n'ayons pas rencontre dans la grande ile des Antilles: l'oppression religieuse. Il est pcut-ètrc utile de rappeler que, dés les premicres années de la conquête du Nouveau-Monde, l'Espagne avait introduit dans son système de colonisation l'élément clérical, en lui confiant un r6le prépondérant. La couronne <le Castille craignait, comme nous l'avons déjù remarqué, la formation d'une population créole nombreuse et forte. Dans cc but elle chercha toujours à maintenir séparés les blancs des indigencs. Les premiers étaient obliges de demeurer dans les villes, tandis que les autres, abandonnés completcmcnt aux soins des moines, vivaient en pleine campagne, par petites colonies de 200 à 500 membres. Cc systemc fut introduit <le bonne heure aux Philippines, où il atteignit même un tel degré de perfection, qu'un voyageur européen, en visitant Ycrs le milieu de cc siècle Manille, s'écri:l étonné: Voici le plus grand couvent du monde! Après la perte des colonies de terre ferme, le gouvernement espagnol, plus craintif encore que dans le passé, céda complctemcnt la direction des affaires aux_ordres religieux. La métropole he demandait qu'à exploiter l'archipel, et les moines, tout en cherchant à tirer k plus grand profit possible de ces îles d'une fertilité qui égale presque celle de Cuba, ne marchandèrent pas aux politiciens de Madrid et aux fonctionnaires du gouvernement les cadeaux et les honneurs. De cette façon, les ordres religieux devinrent les maitres absolus des Philippines. Le gouYernement n'avait d'autre fonction que d'établir des impôts écrasants e:t de fournir les possessions <l'un gouverneur ayant une mission cxclusiYcmcnt militaire. Les troupes envoyées par la métropole étaient placées sous les ordres de ce fonctionnaire, presque toujours un vieux général choisi parmi les plus chers au clergé. La, , garnison était composée d'abord seulement de soldats espagnols; mais dans une époque fort rapprochée de la nôtre, le gouvernement de Madrid voulut imiter l'Angleterre en instituant des corps de troupes indigènes. La domination cléricale aux Philippines continua sous toutes les dynasties et sous tous les régimes. Même la république - qui eut du, reste une vie trcs courte comme on sait - ne trouva pas le temps ou les moyens de changer le système en vigueuL Nous nous souvenons d'avoir constaté plusieurs fois cette négligence vis-à-vis des colonies de la part d'un gouvernement qui aurait dû comprendre le véritable devoir d'une métropole dans un siècle de transformations comme le nôtre. C'est seulement plus tard que les républicains s'aperçurent de la grave faute commise, alors que tout remcdc était impossible. Et cependant il eût suffi d'atténuer un peu le fiscalisme féroce qui régne
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