La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE aux Philippines; de faciliter par de sages mesures libérales le dé\·cloppcrncnt du trafic pour amoindrir considérablement la puissance des nfr,sions. Car c'est seulement :\ la conditilln de maintenir l'archipel dans un état de pauvreté ou d'aisance trés modeste que les ordres monastiques ont pu rester les maitres politiques des Philippines. Et pour atteindre cc but, qui suffirait à lui seul pour démontrer combien tristes sont les effets de la domination cléricale sous toutes les latitudes, les missions ont eu recours à tous les moyens, à tous les épouYa11tails capables de jeter le trouble dans l'.îme des gouvernants. Dans de nombreuses relations, les moines ont toujours représenté les commerç:rnts <.:tles industriels comme le fléau par excellence, comme la ruine des colonies, et la métropole, qui ne Youlait pour rien au monde perdre ses belles colonies, augmentait chaque fois les pouYoirs des congrégations, des couYcnts et des missions. Par ces stratagémcs, la propriété du sol se concentra à son tour entre les mains du clergé. Et ccp<.:nd.111t (< qu:111d les possessions du Portugal curent été réunies à celles de l'Espagne, il cùt été facile à la métropole de déYclopper l'importance commerciale et maritime des Philippines en les n,cttant en relation a\·ec les t-.Ioluqucs et les Indes d'un coté, et de l'autre aYcc la Chine et le Japon » (1). Mais le gou\'crnernent espagnol n'accepta pas cc plan, qui cùt été u1H.:grave erreur scion les fausses idées économiques d'alors. Il persista, en dépit des exemples lumineux fournis par la politique coloniale de l'r\nglctl:rrc et de la Hollande, dans son système insensé de ddendre aux habitants d'une colonie le commerce et m0mc toute communication a,·ec les habitants d'une autre colonie, quoique cette dernière fùt clle-m0me une colonie espagnole. Pour reprendre l'exemple que nous aYons cité tout .'t l'heure, il faut dire que les Portugais ne purent jamais lier de relations commerciales entre les t-.loluques et les Philippines, m0me pendant l'union des deux royauml:S de la Péninsule hispanique. Quand on Yoit' de telles choses, on est presque forcé de conclure, aYec Heeren, que l'Espagne occupa les Philippines seulement pour y établir des missions. r,,[ais mC:mc les ordres monastiques sont aujourd'hui incapables de maitriser la population créole et les indigènes qui aspirent, d'un noble et commun accord, à la liberté. Ces commerçants et ces industriels, établis encore en petit nombre dans l'archipel, sont les chefs et les promoteurs de la nouvelle insurrection. Ils luttent contre l'oppression cléricale d'un coté et contre les lois fiscales de l'Espagne de l'autre. (1) P.tul Leroy-Beaulieu : De la Colo11isatio11 cbc; les peuples modernes, 4< cdition, I 89 r, page ~o.

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