416 LA REVUE SOCIALISTE cnf,tntine que la prospérité des colonies n'eût à exciter l'avidité d'autres nations. De là une série de mesures rcstricti,·es qui limitaient l'émigration des Espagnols vers les colonies, éloignaient les créoles de l'administration, cntraYaicnt le développement du commerce et de l'industrie. Cuba suivit le sort du Mexique et du Pcrou. Les affaires ctaicnt réglces par Ull gou\·crncur géncral rcsidant i b Havane et placé sous les ordres de la Cnsn de co11/rnlacio11, de Madrid, une espccc de grand conseil dans les mains duquel se trournit concentrcc l'administration de tous les pays J'outre-mer. A certaines époques de l'année, des navires partaient de Séville pour le Nouyeau-Monde. Leur nombre ctait fixé d'avance, et le commandant de cette escadre commerciale, si je puis m'exprimer ainsi, ne pouvait jeter l'ancre que devant les Yilles dcsignces par le conseil mctropolitain. Or, comme ·1a Casa de co11trntacio11 n'a\·ait pas su apprccicr les richesses incalculables de Cuba, trcs rares baient les navires qui entraient dans le port de la HaYane et le plus souvent cc n'étaient que des navires portugais chargés d'esclaves. Les colons espagnols ctaient trcs rares à cause des difficultcs que la mcrc-patrie opposait à l'émigration. Il fallait d'abord aller s'embarquer à Sc\·ille, le port privilégié de cette époque, et plus tard, quand le Guadalquivir perdit la profondeur nécessaire, :\Cadix.En outre, l'émigrant devait déclarer oü il voulait aller et, si la permission de partir pour la colonie désigncc lui ctait déliYréc, il ne pouvait pas changer de rcsidencc sans s'exposer ides punitions toujours trés graves. Mais ici encore d'autres difficultés surgissaient qni dissuadaient les Espagnols de s'exposer aux fréquents dangers d'un long Yoyage. La Casa de co11trnlacio11, par crainte de voir se former une population créole trop nombreuse et par conscquent capable de se rc\'Olter contre li métropole, n'accordait b permission de visiter les colonies que pour une période détcrmince d'un an d'abord et puis de deux ans. Rester plus longtemps aux colonies Youlait dire renoncer définitiYement à sa qualite d'Espagnol et en mème temps à la possibilité d'obtenir une place dans l'administration, dans la marine et dans l'armée. Maintenant, qu'on songe :'t la nécessité pour ces Espagnols qui émigraient dans l'espoir d'accumuler une fortune, d'arriver vite à la réalisation de leur t1prc désir! Cuba, colonie essentiellement agricole, en dehors de ses mines de cuivre, ne pouYait pas exercer une attraction trés grande sur ces aventuriers assoiffes d'or et de pierres précieuses, qu'ils considéraient, en conformité d<:s idées économiques de l'époque, comme les seules richesses vr:i.imcnt dignes de ce nom. Mais cette surYcillance jalouse de l'Espagne qui redoutait deux ennemis à la fois: l'ctranger et les créoles, ne pouvait pas continuer. En effet, l'affaiblissement de la métropole, sa dccadence politique et economiquc, la destruction de son armée qui s'appela et fut en réalité la ter-
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