La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

394 LA REVUE SOCIALISTE que celui de la France avec ses huit milliards de nurncrairc. Il faut donc laisser de coté cc prétendu service que la Banque aurait rendu au pays. On nous dit: Mais l'encaisse métallique n'a pas seulement une importance en temps normal. Ignorez-vous son rôle en temps de guerre et qu'aux prcmicres menaces elle est pour le pays d'une utilité sacrée? Elle perd son nom, clic devient le trcsor de guerre, et c'est là que la nation puise, sans avoir à escompter un long et coùtcux emprunt, pour assurer la défense de son indcpcndancc et de son intégrité. Des lors qui voudrait ou la supprimer ou la compromettre? Voilà certes une considcration capitale - comme toutes celles qui mettent en jeu l'honneur et la liberté du pays. Seulement, s'il est permis de discuter, il est facile de répondre. Ceux qui proclament qu'en cas de ·guerre l'État doit s'emparer du trésor de guerre ont raison de lui reconnaitre cc droit supcricur. Mais que devient, du même coup, l'indépendance tant vantcc de la Banque? Quoi! cette association privée peut dcYenir tributaire de l'État? L'indépendance est donc une fiction - et il est démontré qu'une Banque quelconque, qu'elle fasse appel aux capitaux privés ou qu'elle s'en passe, qu'elle soit une Banque formée par des actionnaires, ou une Banque mixte, ou une Banque d'État, doit mettre à la disposition de la nation menacée tout son argent et tout son or. Ne le voudrait-elle pas, que l'opinion publique l'y contraindrait, en sanctionnant toute mesure prise par l'État au nom du salut public. Ainsi, quelle que soit leur origine, les Banques sont dépendantes de l'État - au moins pendant la guerre. Or comme nous ne voulons pas supprimer la Banque de France pour laisser subsister le néant, que notre œuvre n'est pas négatiYc, qu'à la place de cet établissement de crédit fermé au petit commerce nous voulons dresser une Banque vraiment nationale, vivante et durable - la considération plus haut rapportée n'entame pas notre thèse. La Banque d'État mettra ù la disposition de l'État les milliards nécessaires pour équiper nos troupes et dresser ù la frontière le rempart humain derrière lequel le pays tout entier sera debout (1). Elle agira avec autant de patriotisme que la Banque actuelle. Autant de patriotisme que la Banque? ... On peut, sans calonmicr (1) On peut, il est vrai, prctendre que b Banque de France actudle a su par sa sagesse accumuler les milliards de l'encaisse et, refusant même sagesse à Li Banque d'.État, redouter qu'elle n'ait rien prévu et constitué aucune encaisse·. Nous aYons déjà répondu à cette objection, en montrant que l'encaisse mctallique s'est amassée par la dépréciation du numéraire, et que la prudence de la Banque n'a en rien crcé cette situation. On peut, du reste, fixer il une certaine somme l'encaisse obligatoire d'une Banque d'État.

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