La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE force. C'est celle qui, par exception, autorise la prorogation des échéances - permettant ainsi aux dcbiteurs, malgré le contrat qui les lie aux creanciers, de payer à un terme cloigné une dette devenue exigible. En 1830, apn:s les journées de Juillet, le gouvernement accorde au petit commerce la prorogation des écheanccs. En dcpit de cc dccrct, la Banque se présenta a 1 u domicile des commerçants et les obligea à rcglcr sur l'heure et sans terme (r). Faut-il rappeler qu'en r8jI, aprcs le sicge, l'invasion, la secousse terrible de la guerre, le petit commerce parisien rcclama en Yain la prorogation des échéances, qn'clle lui fut refusce et qu'au moment oü l'Asscmblce <leVersailles refusait de Ycnir à son secours l'État venait au secours de la Banque en décrétant le cours force qui dura jusqu'en 1876? faut-il rappeler qu'en 1888, la prorogation des ccheanccs fut accordée, non pas au petit commerce, mais ù la Compagnie de Panama? Toujours la même complicité! Aux faibles et aux petits toutes les rigueurs de la loi. Aux puissances financiêrcs toutes les facilités! Que rcsulte-t-il de ces di,·crscs constatations? C'est que la Banque de France, soit en faisant briser autour d'elle les rivales redoutables qui arrêtaient son essor, soit en obtenant des mesures exceptionnelles qui décrétaient le cours forcé, a emprunte à l'État une force, un prestige dont clic a largement fait profiter ses actionnaires. Une Banque d'État eùt été de même secourue. C'est fort probable; mais que devient la mensongére fiction de l'indépendance de la Banque, considérée comme association privée? Cc n'est pas seulement à l'État que la Banque a réclamé aide et assistance. Elle a tire sa prospcrité de la nation. Le moment est •venu, ~n effet, de faire tomber la lcgende impudente que la Banque a mis tous ses soins à faire cclorc et à propager. La Banque et ses dcfenscurs prétendent que la B:111que,institution vraiment nationale, fait crcdit au commerce et que cet cclatant service par clic rendu prouve sa ncccssitc. Nous disons : c'est le commerce qui fait crédit à la Banque. . La Banque cmet des billets de banque - actuellement prcs de quatre milliards, demain, par le projet du gouvernement, cinq milliards. Avec quoi garantit-elle cette circulation fiduciaire? 1° AYcc le capital de garantie des actionnaires, capital insuffisant, égal à 182 millions, si peu utile qu'il est représenté par <les titres de rentes sur l'État, si peu ncccssairc au roulement <lela Banque qu'on ne le veut même pas accroître. A supposer une crise, quelle garantie offrirait cette modeste somme, alors que les opérations auxquelles il faut faire face (1) Discours de Garnier-Pagès à la Chambre des Députes en mai 1840.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==