RENOUVELLEMENTDU PRIVILtGE DE LA BANQUE DE FRANCE 389 appartient à l'État, en empruntant ainsi à l'État une part de sa souYcraineté que la Banque s'est créée et s'est dheloppée. Ne lui a-t-elle emprunté que cette part de souveraineté? A toutes les époques, elle a puisé une force nouvelle dans des mesures exorbitantes par elle sollicitées et prises en sa faveur p:ir l'État. En 1806, vivant depuis trois ans, elle exige de l'empereur et elle obtient de lui qu'il brise d'une main toute-puissante les autres Banques d'émission qui, dans Paris, opposant leur papier au sien, lui faisaient concurrence. En 1848, elle obtient de la République le même acte qu'elle aYait obtenu de ['Empereur - et par un décret disparaissent les huit banques territoriales qui lui faisaient concurrence. Il est nai que ce ne fut pas sans indemnité et que les actionnaires des banques dispersées furent mis au rang des actionnaires de la Banque de France. Mais leur protestation est demeurée pour témoigner de l'arbitraire de la mesure et de sa Yiolcncc. Ainsi la Banque de [rance a fait disparaître sous des décrets d'État les banques d'émission rivales. Admirable ironie des éYéncmcnts qui montre la sincérité et la Yaleur des principes de l'économie politique! Les économistes sont au premier rang parmi les défenseurs de la Banque. Ils Yantcnt chaque jour la beautt'.: de l'effort, la force de l'initiatiYe, la nécessité de la concurrence. On YOit dans la pratique cc que deYicnnent et la concurrence et l'initiative et l'effort. Cc n'est pas tout. A diverses reprises, traversant des crises qui. pesaient lourdement sur le commerce tout entier, la Banque sollicita de l'État des lois spéciales établissant pour elle le cours forcé. On sait le profit que pareille mesure rapportait à la Banque et en quoi elle consiste. En principe la Banque doit, sur réquisition du porteur de billet, reprendre cc billet et le remplacer clans la main du porteur en numéraire. Le cours forcé a pour but non seulement de forcer le porteur à accepter le billet comme ayant la force libératoire de la monnaie ( c'est là le cours légal), mais aussi de permettre à la Bang uc de ne pas payer en numéraire et par conséquent d'émettre des billets sans avoir à garantir l'émission par la présence du numéraire. Or à quoi revient pareille mesure ? A renforcer par le prestige de l'État le papier défaillant, à rendre à la signature de la Banque l'autorité que lui a fait perdre la crise que tous les citoyens subissent au même degré. C'est donc l'État qui ':'icnt au secours de la Banque. Banque privée si l'on en cro.it ses défenseurs! On peut se demander, d'abord, en quoi une Banque d'État à laquelle on refuse par avance toute indépendance vis-à-vis de l'État aurait plus largement profité des bienfaits de l'État. Mais il est nécessaire de faire une autre remarque. Le petit commerce parisien a obtenu une fois des pouvoirs publics une mesure protectrice équivalente, si l'on veut, à la mesure qui établit le cours
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