La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE en 1898 et le 11" janYicr que s'éteint le privilcgc. Or, n'est-il pas certain que l'on ne peut atteindre par une réforme profonde l'organisme actuel de la Banque sans l'amener à protester et à nous reprocher de lui imposer, en un laps de temps trop court, une réforme cquivalentc pour elle à une révolution? Ceci même n'est-il pas surtout vrai en cc qui touche la fin du privilège? Or, la Banque a un double et large intérêt à cc retard. Un intérêt pécuniaire d'abord. Le projet de M. Cochcry dans son article 3 dispose que la Banque doit payer à l'État une rcdcYancc variable égale à peu prés ù 4 millions par an. Le même article décide que dans les six mois écoules qui suiYront la promulgation de cette loi - la Ba11quc devra commencer à effectuer le paiement. Or, supposez que ce projet eût cté discuté, comme le fut celui de r8.~o - trois ans avant l'extinction du pri\'ilègc. C'est une dizaine de millions que la Banque dit dû verser aux mains du Trésor, puisque, votée trois ans avant, cette loi eût été promulguée au mC:me moment. Même, si moins scrupuleux que les ministres de la monarchie de juillet, les ministr<:s de la République bourgeoise eussent déposé le projet, non pas trois ans, mais deux ans, mais quinze mois a\'ant l'extinction du priYilcgc, même alors, la Banque eüt été contrainte de payer à l'État une somme au moins égale à cinq millions (1). Le retard apporté au dép6t du projet a donc affranchi la Banque du paiement de cette somme. Elle ne paiera plus - le projet ne pouYant plus être voté et promulgué que six mois avant le 1erja11\'icr 1898 - qu'une somme relativement insignifiante. 11est un autre intérêt plus large et dont elle profite daYantagc. La B:rnquc a tout à gagner et L'État tout à perdre à cc retard. Va-t-on demander la substitution d'une Banque d'État à la Banque de France? Vicndra-t-on réclamer quelque modification, moins complctc, mais cependant profonde? Vicndra-t-on exiger pour le public des avantaacs . 0 nouveaux, pour l'Etat d'autres concessions? Le temps manquera pour engager les négociations! Ainsi, voila cc tJUC la Banque trouve de profit dans le retard par nous signalé! Ironie des mots et des choses! C'est sous le régime qui tire vanité de la liberté qu'il laisse aux discussions que se passent de pareils faits! Rien ne peut mieux démontrer que, consciemment ou non, les gouvernements subordonnent leurs décisions aux volontés <lela puissance capitaliste. Elle seule commande et agit et ils ne sont que ses serviteurs misérables. (1) On ne peut opposer que le projet Cochery, par cela même qu'il émrnc de M. Cochcry, ne pouvait être dépose il y a trois ans ou deux ans - M. Cochery n'étant pas it cc moment ministre. L'idée de la redevance, payable dès avant l'extinction du privilège et dès la promulgation, se trouvait dcj.i en 1891 daus le projet de M. Rou,ier, partisan d'u:ic re,levance fixe payable par l.l Banque dans les mêmes conditions.

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