La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

RENOUVELLEMENT DU PRIVILÈGE DE LA BANQUE DE FRANCE 387 A qui cependant remonte la responsabilité de cet état de choses? Il faut dégager le r6lc des partis. En 1892, une discussion brillante à laquelle prennent part Millerand et Pcllctan fut instituée sur le projet déposé par M. RouYicr et rapporté par M. Burdeau. Pourquoi fut-elle sans lendemain? Pourquoi n'a-t-on pas aborde la discussion des articles? Est-ce parce que les considérations apportées a la tribune contre la Banque de France avaient déterminé dans la Chambre une hostilité contre le projet et le mettaient ainsi en pl'.:ril? On le pense. Mais alors la Commission cùt dû le retirer et le modifier dans un sens libéral. A-t-on voulu attendre, au contraire, les l'.:lcctions de 1893, afin de pouvoir discerner parmi les rc,·endications génl'.:ralcs du pays le vœu formel et prl'.:cis qu'il pouvait émettre sur la question? Alors pourquoi, des le lendemain des élections, avoir négligé de déposer ce projet? Les avertissements n'ont cependant pas manqué aux gouvernants. Dès le début de nowrnbrc 189-1-, Rouanet questionnait M. Poincaré, ministre des finances, et lui montrait le péril qu'il y avait pour le pays dans l'inertie gardcc. M. Poincaré promit d'agir. Et c'est seuJement deux ans après, à la dernicre heure, dans les conditions que nous venons de rappeler, que M. Cochery tint la promesse gouvernementale. * * * Notre étude, quoique provoqul'.:c par la discussion prochaine sur le privilège de la Banque, ne peut pas viser seulement le projet. Si elle s'arrêtait a en montrer les défauts et à en signaler les lacunes, clic serait vraiment trop restreinte. Voila pourquoi il ne nous suffira pas de chiffrer le somptueux cadeau que feront à la Banque ceux qui renouvelleront son privilège. Il nous faut, à travers ce siècle, examiner son rôle. Qu'a-t-elle reçu de l'État - jusqu'au jour où nous sommes _et où elle lui vient réclamer le renouvellement? Qu'a-t-elle reçu de la nation? Par quels services, en regard de ceux qui lui furent rendus, a-t-elle reconnu la force et la prospérité qui lui ont été données? Voilà cc qu'il nous faut d'abord fixer. Bilan où les services rendus à la Banque apparaîtront comme éclatants, et comme infimes ceux qu'en retour la Banque a été obligée de restitu~r. Nous disons «obligée» et à dessein - voulant montrer que la seule fatalité économique, l'évolution des choses et aussi le souci de ses intérêts ont amené la Banque à faire quelques progrès. Au bout de cette démonstration quelle conclusion pourra se rencontrer? On la peut escompter sans crainte. C'est d'abord que, mise à la place de la Banque de France et soutenue comme elle le fut, une Banque d'État aurait rendu les mêmes services, à meilleur compte et plus vite. C'est aussi - pour ceux qui ne se

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