La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

REVUE DES LIVRES 3ïï doctri11:1lc, une an:llyse d'un écri\·ain trop peu connu :wjourd'hui et di 6 nc de l'étrc: Bernard Mandc\·ille, l'auteur de Li " fable d<.:sAbeilles », ~i cél.'.:brc :1u dix-huiti0:·111esiècle. C'est l'essai le plus original qui :1it été fait pom allier l'indi\·idualisme au socialisme. On en rctrouYe des échos d:111sles ro111a11sde \'oltaire, dans les contes de Diderot (qui le cite), dans les ouvrages d'Heh·étius, de d'Holbach. Chose plus curieuse encore, et fort 11:1turellcd':iillcurs, c'est contre l'inAuencl! de i\landcYille qu'est bandé tout l'etfort des érn110111istes purs (.:eux qu'on appdlcra plus tard l'école de Manchester). Scl1.1ftcsbury (si fort remanié par Diderot), Hut.:hcson, Buttlcr, Ad:1111Smith ont const:.immcnt sous les yeux k spectre de MandcYille et de la « fable des Ab<.:illes ». C'est à peu pn::s la 111èmeobsession qui tr:1,·aillait Cousin et son é.:olc en face de la statue de Condillac. On n'en parle j:1111,1ism, ais on y pense toujours. " D'après 111011opinion, dit l'ameur, YOici les grandes lign<.:sde 1.1 pensée de " Mande,·ille: r une YUè philosophiqu..: d'une grande l.1rgeur, 1.1 conc<.:ption « générale qu.: le cc bien» peut, sinon doit étre, le résultat du ,, mal ». C'est b « une doctrine qui 1-eYient :1 chaqu..: instant il traYcrs l'histoirè (Hèraclit.:, « Hegel, Marx). L..:s th6ories de Hobbes, Mandeville, et réc..:111111entd.: cc Darwin se biss<.:nt facilement ramen..:r en dernière analys..: ù cè principe. cc 2) MandcYillc a mis <.:1u1ne lumière \·i,·..:<.:tmèm..: brutal..:, d'une p.1rt les con- " tradictions sociales qui existent nèc..:ssairemcnt dans une société de classe 1< (Kbssengescllschaft), d'autre p:.irt l'a11t.1go11ismeplus ou moins l.1tcnt dans cc une telle soci6té entre les maximes mor:lles et les intéréts des .:lasses diri- « geantes. » Sur c<.:tantagonism..: il n'y a qu'une \'Oix parmi les observateurs ~ag:1c<.:tsk la société contemporaine. l.':1uteur cite alors les plus remarquables passages de I<arl Jcntsch, un conscn·atèur pourtant, de i\lax ::\'ord.1u, un dilett:111te,de Jean Jaurès, de Diderot, sèrieux socialistes. li remarque qu.: la pensée dl! Mandeville a trou\·6 son génial intcrprétc dans Friedrich . ietzsch..:. C'est au point que les expr..:ssions sont dans les deux auteurs presque ide11tiques. Dâns sa conclusion, le docteur Rappoport pose la question: L'éléml!nt mor:1! est-il un facteur social actif qui puisse, dans certaines circonstances données, exercer une influence décisiYe ~ur 1'6\·olution humaine, ou bien n'est-Cl.! qu'une affaire personnelle ù r6gler entrè nous? On p..:ut rèpondrè :1 pt:u prO::s ainsi qu'il suit: , ) b distinction entre l'indiYidu <.:tl'ét1T social est plus ficti,·e que réelle; 2) prenant les choses il un moment 1_!01111l6'é,lément moral sembk être de peu d'effet ; mais :1ddition11cz, :1 tra\·ers l'é\·olution de l'esp.::œ, C\.!S petites modifications et l'effet de masse, :1près des milliers tk siéclcs, sera considérable ; ;) l'existence d'un ordre social est impossible sans la sanction morale consciente ou non du peuple qui Yit sous cet ordre social. Nulle part - les gendarmes ne suffisent. Qui gardera les gardiens? Parmi ks Licteurs historiques, il faut compter le sentiment du droit qui domine dans la 11,1tionco11sid'2rée comme un tout. R6p6tons-lc, cela ne veut pas dire du tout que LI question sociale soit une question morale. Cda signifie seulement que les concepts du droit, quand ils sont devenus portion d..: la substance cérébral..: d'un peuple jouent un rôle qui n'est pas sans importance et qui peut d'ailleurs s'6largir, 011 peut penser que cc facteur deviendra de plus en plus puissant à mesure que l'évolution de l'espèce s'accentuera. Si l'on prend comme exemple les sociétés primitives, même les sociétés antiques, le facteur moral

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