LA REVUE SOCIALISTE si cette érnlution, dont le scheme identique pour tous les peuples est conçu a Jiriori (le mot se trou\'c chez M. Lctourncau, et l'idée plus sou\'ent encore), s'est réellement produite. Prenons un exemple : M. letourncau montre en bien des endroits dans la guerre la grande poun·oycuse de l'esclavage; ne peut-on pas conce,·oir des peuples paci11qucs, chez qui le progrès économique aurait engendré soit un demi-servage, soit un système « étatiste " comme au Pérou, sans que l'cscla\'age y ait été jamais connu? Ainsi l'unité que M. Letourncau a mise dans son livre serait sans doute anéantie; mais à cette unité peutùre factice ne \'aut-il p.1s mieux renoncer? L'humanité dès lors nous apparaitrait plus. diverse; m,1is cette diversité extérieure recouvrirait une unité ,·éritable, celle que la décOLl\·erte des lois scientifiques nous révèle, et qui seule s.1tisf.1it notre esprit. Et si l'on ne croit pas à la possibilité de dégager dés à présent ces lois, on devra s'interdire toute généralisation, et ne pas remplacer la connaissance des causes génér,iles p.1r le tracé d'une « courbe d'évolution n qu'on ne saurait admettre sans hypothèse. - Venons-en:\ la période contemporaine de notre histoire. Le servage ,1 disparu, chez les peuple, qu'on appelle civilisés. Mais le s,1lariat n\:st autre chose qu'un « eschwagc temporaire », l'ouvrier est un cc outil vivant>>. La ,crvitudc pcrsonnc_lle a été abolie, mais la servitude n.:clle subsiste, et les effets en sont les mêmes, lorsqu'ils ne sont pas plus funestes pour œt ouvrier auquel aucun intérét n'attache son maître d'une semaine ou d'un mois. "Cne organisation aussi vicieuse ne peut durer, et l'é\'olution en se poursui,·.111t améliorera le sort des opprimés. - Mais pourquoi en sera-t-il ainsi? M. Lctourneau a é,·ité, en retraçant l'histoire de l'esclavage, de faire appel au Licteur moral; il a insist<'.: à plusieurs reprises sur le contraste que présent<.: !"réquemment le dé,·cloppement artistique et industriel d'lln peuple avec la « régression morale» qu'on y observe (1). A Haî dire, cc n'est pas 11011plu:. de lïntérét des privilégiés, d'après M. Letourncau, que résultera la prochaine transformation sociale, nuis ce st:ra de la révolte des opprimés, qui de plus en plus prennent conscience de leur valt:ur et d_eleurs droits. Est-il permis de conce\'oir cc que sera la société de demain? - Sans doute, répond M. L<.:tour11c,1u,et l'on n'a pour cela qu'i1 prolonger la courbe de l'évolution passée. - ~iais si désormais un des principaux facteurs de l'évolution doit C:tre la volonté d<.:shommes, on ne voit pas qu'il y ait nécessité ù proec::der de la sorte, et d'ailleurs, cette courbe ne peut-clic pas 0trc prolongée de bien des façons? :\1. Letourneau montre le danger, plus encore, l'impossibilit<'.: des rt!volutious. il ne fait pas voir en quoi LI forme actuelle d·~ la société impose aux réforma.~ teurs le choi:-. de telle direction plutôt que de telle autre. L'idéal social qu'il nous présente ne se dég.1ge pas d'une étude suffisamment approfondie de 1.1 société moderne : la suppression de la guerre, une organisation fédéraliste, la grande industrie confié<.:ù la communauté qui y emploierait des armées industrielles, <.:nfinl'aholition de l'héritage, - y a-t-il dans cet ensemble de mesures de quoi satisfaire à la fois les réclamations transitoires de l'intérêt <.:tles exigences permanentes de la justice? Peut-être; mais cc n'est pas assez démontré. Et ainsi nous reprocherons il M. Letourneau d'a\'oir été ù la fois trop (1) Ainsi chez les Grecs. Cf. les chap. 1 > et 16.
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