La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

REVUE DES Ll\"RES L'c,cbvage, au <lire dé'. i\l. Lctourneau, ne se rcnco11tre pas chez ks races tout il fait primiti\·cs; il suppose en effet la possibilité pour le maître de tirer parti <le son escla\·c, il dé'.ma11deen outre une société relativement nombreuse et disposant de moyens de coercition : ces conditions n'étant pas réalisées chez les peuplades chasseresses, il n'y a chez clics d'autre exploitation que celle de la femme par l'homme. L'esclavage apparaît chez les peuples pasteurs et agriculteurs; et c'est <lu cannib:ilismc qu'il semble naitre : les prisonniers conservés comme provisions <le bouche sont astreints provisoirement ù trav,1iller pour leurs possesseurs; puis ceux-ci, trou\·ant leur profit il employer <le tds sen·iteurs, cherchent il s'en prornrer d'autres, et ai11sil'esclavage s'étend. Plus ou moins cruelle sui,·ant les cas, l'exploitation <l'une partie de l'humanité par l'autre 11'en présente pas moins partout des caractères identiques, et elle entraîne toujours :ivé'.celle la dégradation morale des opprimés et des oppresseurs. - Puis, aprés s'étrc ainsi <lév~loppé, voici que peu à peu l'esclavage ~e transforme et <le,·ient le servage. Au re te, le servage peut avoir d'autres origines : lorsqu'une grande ttcndue de territoire est soumise d'un coup, les conquérants ont intérét il laisser aux vaincus leur liberté et leurs biens, sûrs qu'ils sont d'ailleurs de pouvoir enle\·cr il ces \·aincus le meilleur de leurs revenu,; <le méme dans les grands empires despotiques le gros de la population est asservi e11fait au mo11arque qui la pressure et la fait pressurer par ses favoris. Cette sorte d'exploitation est plus a\·antageusc que celle de l'esclave: aussi, soit que le servage institué concurremment a\·cc l'csclav:ige ait révélé sa supériorité, soit que les maîtres aient aperçu d'cux-mémcs leur intérêt véritable, l'esclavage disparaît lentement pour faire place au sen·agc. Le nom de l'esclavage a disparu; le fait social que ce nom exprimait subsiste sous u11e forme nouvelle : l'exploitation de l'homme par l'homme n'a p,1s cessé; et le servage à son tour fera place au salariat sans que ce vice de la société disparaisse. Mais avant de considèn..:r la derniO::rephase de l'évolution qui nous occupe, demandons-nous si l'histoire que M: Letourneau nous a retracée des périodes antérieures est exacte. M. Letourneau \·is~ à ètre « objectif», il proteste contre les systématisations hâtives; est-ce à dire qu'il ne systématise point? L'esclavage a-t-il existé partout (en tenant compte de l'exception faite plus haut)? Cela reste douteux. M. Lctourneau essaie de retrouver chez tous les peuples qui ont une histoire des traces de cette institution; les textes sur lesquels il s'appuie ne sont pas toujours probants (r), et pour beaucoup de pays, tels que )a Chine, l'Égypte ancienne, le Pérou des Incas, on en est réduit aux conjectures. De même c'est une question de savoir si l'esclavage a subi dans toutes les races une c:volution identique. Nous ne nous en laisserions convaincre que si nous connaissions les causes des faits qu'on nous expose. Qu'une théorie nous fasse comprendre les faits connus et nous serons autorisés par là mème à en étendre hypothétiquement l'application aux périodes mystérieuses où l'histoire ne pénétre point. M. Letourneau ne fait pas de théorie; il est naturaliste et historien, et rien de plus; et alors nous sommes en droit de nous demander (1) Ainsi, i la page 308, il propos de l'Inde védique, deux textes seulement sont cités, et on pourrait les interpréter autrem~nt que ne fait l'auteur.

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