LA REVUE SOCIALISTE la Comédie-Française, pour rehausser l'éclat de cette reprise. Manfred, comme Faust, qui a inspiré lui aussi une partition à Schumann, est un de ces héros sombres que les artistes de l'école romantique aimèrent a,·ec passion, et qui, pour un musicien comme Schumann ou Berlioz, offraient des motifs pittoresques, antithctiqucs, ou le ciel et l'enfer, les forces de la nature se côtoient comme dans les vieux mystères médié\'aux .. \ l'ouverture, très agitée, qui commente ces paroles : « Mon cœur ne peut goûter un instant de paix et mes yeux ne se ferment que pour regarder le fond de mon âme ))' succédc la scene où Manfred, accablé de remords, éYoquc les Esprits des Éléments, les Génies de !'Air, de !'Eau, de la Terre et du feu. Puis deux scènes nous le montrent au milieu de la nature dans les Alpes bernoises d'abord (scène II), où l'Apparitio11de la Fée des Alpes, spus l'arc-en-ciel d'un torrent, a fourni au musicien une délicieuse mélodie comparable au /Jalletdes Sylpbes de la Da11watio11; mais, comme dans l'œuvrc de Berlioz, on voudrait ,·oir ici une scene oü les forces de la nature immense, impénétrable ctficrc, se montrerait en face de l'Homme qui vient chercher l'oubli dans son sein. Dans la sccnc III (la cime de la ]1111gfra11), on entend, joué par le cor anglais, un mélancolique Ranz des Vaches, qui interrompt un moment la rêYcric de Manfred; puis une chasse lointaine annonçant l'entrée en sccne du chasseur de chamois. La seconde partie (le Palais d'Ari111a11e), contient un chœur des Génies illférieurs, à la gloire du Roi des Ombres, qui encadre l'apparition d'Astarté. 'Quant à la dernicrc (1111sealle d11cbâteaude Ma11Jred), clic se passe presque tout entière en récit parlé entre le héros et l'abbé de S:iint-Mauricc. Cc mélange de récitation et de musique nuit certainement à l'unité de l'œuvrc de Schumann, mais néanmoins celle-ci restera parmi les plus intcressantcs du maître. (1\1.a11fred fut exécuté pour la première fois à Iéna, en février 1858.) De Schumann encore (orchestré il est vrai par M. Théodore Dubois), M. Colonne a exécuté deux fois, et avec beaucoup de succés, Quatre pieceseufor1J1ede canon (extraite de l'op. 56, numéros 3, 4, 5 et 6 du recueil : Etudes w forme de ca1101p1our piano el pédalier) qui seraient peut-être tout aussi intéressantes dans leur forme primiti vc. M. Arthur Coquard a composé son Episodeoriwtal avec des motifs populaires : le motif initial du n° r (Peiite 1\1.archesyrienne - Des soldats dc'.:filcntau lointain) et celui du n° 4 (Fi11al), se chantent, nous apprend le programme, dans l'île de Noirmoutier; quant à ceux des n'" 2 et 3, ils sont empruntés au célébre Recueil de M. BourgaultDucoudray (Cbmils populaires de la Grèce). Comme celui-ci, je suis persuade que les compositeurs trouYcront à exploiter une mine inépuisable dans les inspirations musicales jaillies spontanément du cœur des masses populaires, et dont beaucoup remontent à la plus haute
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