LA REVUE SOCIALISTE complètement de sa promesse. Elle est une personne; clic ne veut ;rnbir ni autorité ni remontrance; elle possède la notion de cc qu'il convient de faire ou de ne pas faire. « A la tyrannie, la révolte », ditclic fièrement. Mais aprcs cc détachement, après avoir tenté d'aimer et cru aimer un autre homme moins enclin au desir de l'autorité, elle s'aperçoit du chagrin profond que cette rupture cause à Béthune; elle voit combien il souffre de la perdre; elle comprend la bonté cachée et la grave tendresse de cc cœur excellent. Alors un grand sentiment de pitié la pénètre. Elle en Yient à rendre mieux justice à celui qui la chérit. De son côte Béthune fait des concessions; il a,·ouc qu'il n'a pas assez respecte le juste instinct d'indepcndancc de sa fiancée, qu'il aurait mieux dû reconnaitre son droit à la révolte et ne pas transporter dans le domaine intime des maximes applicables seulement aux classes sociales. Et les deux amants, qui s'étaient separes faute de bien se connaître, se rapprochent et s'unissent. Telle est cette œuvre qui au fond traite la même donnée que la Loi de l'/Jo111111e, à savoir l'émancipation de la femme. La Promesse est malheureusement moins sc~niquc que l'ouvrage de M. Paul HerYieu; mais elle a une portèe beaucoup plus genèralc. Au lieu de s'attaquer à un paragraphe du Code, dont l'interprétation est d'ailleurs contestée et que l'on pourrait changer en un instant, clic plaide d'un~ façon supérieure la cause de la liberté des femmes. Et c'est une manière bien moins contingente et bien plus élevée de concevoir le theàtrc. L'Odéon, qui est une sccnc d'infatigable labeur, nous a joue le Chr111i11ea11, de M. Richepin. l'vl. Richepin, d'ordinaire peu soucieux de mettre une idec philosophique dans ses œuvrcs - et c'est bien son droit d'ècri\'ain - a composé une pièce de peinture et de poésie campagnarde. Son œuHc, qui est bien faite, a plu et a <'.:téfort applaudie. Je regrette seulement qu'il ait hèsitè entre deux conceptions capables de le séduire : ou bien une peinture recllc des paysans, tels qu'ils sont effectivement; ou bien une Yision supérieure de l'homme des champs avec toute la fantaisie d'un pacte, cc que pour, ma part j'eusse de beaucoup prefèré. Il a oscille'.'.v, ictorieusement du reste, entre ces deux partis, mais sans nous donner nos Géorgiques. Je ne raconterai pas sa fable, qui est assez interessante, mais j'en noterai un point curieux· comme trait de mœurs au Yillagc. Le chemineau, un ounicr nomade, travailleur, mais irrégulier, fantaisiste et Yagabond, a aimé en passant une fille de ferme qu'il a abandonnée, craignant une chaîne, et qu'il a laissée grosse sans même le savoir et sans penser à mal. Or la fille a étc'.r:ecueillie et épousée par un brave homme qui connaissait l'histoire et qui a pris l'enfant à son compte, donnant à croire qu'il en était le pt:rc. Vingt ans aprés, le chemineau, repassant par hasard dans le pays, y retrouve son ancienne maîtresse et le mari de celle-ci dont il devient
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