CHRONIQUE THEATRALE 339 vers une indep..:ndanœ plus grande encore, mieux conforme à la nature, et nous accepterons de plus en plus aisément qu'une femme demeure respectée, je ne dis pas en se liHant :1 la débauche, mais en aimant sind:r..:ment plusieurs fois. Cette tendance tolérante existe manifestement chez le public, qui l'a applaudie, sans le sa\'Oir peut-être, dans la comédie de 1'.LDonnay. La Do1tlo11re11se, trop écrite, ù mon gré, en argot parisien, je l'ai déjà dit, est d'ailleins gaie, fort agréabk, et serait vraiment spirituelle, si les mots qui l'émaillent étaient choisis avec plus de discernement. Mais surtout la piéce est amoureuse : elle peint bien sinon les grands éclats, du moins les petites nuances, les sensualités de la passion. L'auteur excelle dans les gentilles polissonneries qui émoustillent le spectateur; l'anecdote de l'abbé gui ramasse la jarretière d'une jeune femme et qui lui conseille de porter des jarretelles est typique à cet égard. Les ouvrages de i\l. Donnay me font toujours penser à ces grarnrcs du dix-huitième siéclc où l'on voit des marquises et des soubrettes dans un déshabille gracieusement immodeste; sa musc aime à se retrousser et à montrer la jambe un peu au-dessus du genou. Quelle différence avec la graYité de M. Paul Hervieu ! Autant M. Donnay a l'air d'un gamin narquois et papillonnant, autant M. Hervieu semble un docte voyageur gui a tracé minutieusement sa voie avant de s'y engager et qui est bien résolu à ne pas s'en écarter. li n'ose pas dire qu'il est féministe, parce que ce mot n'est pas bien porte dans le monde pour lequel il écrit; mais il prend la défense des femmes avec une galanterie d'ailleurs un peu solennelle. Comme l'an dernier, il s'attaque au mariage; ses pièces portent des titres interchangeables : les Tenailles pourraient s'appeler la Loi de l'homme et inYersement. « La loi faite par l'homme et pour l'homme contre la femme, nous dit-il cette fois comme il y a un an, est injuste et mauvaise; changez-la.» Soit, voilà une idcc généreuse. Un regret seulement : l'auteur envisage un tout petit point, une imperceptible lacune de la loi du divorce; si donc cette légère imperfection était corrigée demain, la piécc n'aurait plus qu'une valeur historique; or elle est vraiment un peu insuffisante pour faire figure de\·ant l'histoire. M. Hervieu affirme que, d'aprés la loi actuellement en vigueur, une femme, qui se sait trompée par son mari, ne peut pas le faire prendre par la police en flagrant délit d'adultcre dans le domicile extraconjugal où se commet la faute. Des juris'consultcs que j'ai consultés m'ont formellement déclaré le contraire; ils m'ont soutenu que l'adultère du mari, toujours possible à constater, suffisait à entrainer le divorce. M. Hervieu jure que non. Comme dans cette bouillie appelée le Code on trouve toujours le blanc et le noir, il est probable que les deux opinions sont soutenables, cc qui permet aux avocats d'ergoter
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