La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE i\!ais je ne sais pourquoi je m'égare au milieu Je ces rrncxions générales auxquelles M. Donnay ne tient guère. Il s'est amusé à plaquer sur sa maisonnette une petite façade baJigconnéc d'une mince couche de philosophie, rien de plus. Son ambition n'est que de nous distraire avec une historiette, de nous peindre un coin de la vie parisienne, où il éYoquc des personnages faibles, Yoluptucux, un peu raisonneurs. Un sculpteur nommé Philippe est l'amant d'une jolie mondaine dont le mari, un vilain banquier, un financier ,·freux, s'est brùlé la cen·cllc pour éviter la prison et laisser le champ libre à sa femme. Les jeunes gens sont heureux, ils se sont promis un amour éternel; ils sont à la Ycille de se marier. l\!ais la maitresse de Philippe est affiigéc d'une amie intime nommée Gottc qui de,·irnt, clic aussi, amoureuse de l'irrésistible sculpteur et qui ne le lui enYoie pas <lire. ?\lais, contre toute attente et, je crois, contrairement aux mœurs habituelles Jcs Parisiens, voilà que l'irrésistible sculpteur résiste, car c'est lui qui est armé d'une Ycrtu de femme honnête. Après a\'oir pourtant fini par succomber, il a horreur de lui-même et de son forfait et de l'infamie de. Gottc qui a trompé indignement sa meilleure amie. En entendant de tels reproches, Gottc se rebiffe et déclare que, après tout, cette meilleure amie ne \'aut pas cher; car, du viYant de son mari, clic a déjà eu, avant Philippe, un premier amant, de qui lui est né son fils. Et YoiL't la douloureuse, la rançon <lu bon heur qu'ont goùté les deux amants : car Philippe est jaloux de l'amour qu'a jadis éprou\'é pour un autre celle qu'il va épouser, et celle-ci a bien lieu de se fa.cher de la trahison toute récente <le son amant. La scène entre eux deux, joliment faite et jouée à mer\'eillc par Réjane et Calmettes, a déterminé le succes de l'ouvrage. Apres de mutuels reproches, après qu'ils ont laissé passer un peu de temps pour cicatriser leur blessure, les deux amants se réconcilient et s'épousent, car leur amour est plus fort que leur rancune. Et puis Philippe, tout jaloux, tout meurtri qu'il est, s'encheYètre, s'cnglue dans ses propres raisonnements dont il reste le prisonnier. Sa théorie, en effet, theorie contraire à la morale courante, est que l'homme et la femme sont egaux deYant l'amour, qu'ils y apportent la même liberté, et que l'infidelite de l'un n'est pas plus coupable que celle de l'autre. Cette opinion, que le public commence à entendre Yolonticrs au thcâtre et ù admettre, \'a de pair avec la loi du divorce et sa diffusion est certainement l'indice d'un changement progressif dans nos mœurs. Nous avons exige pendant des siècles qu'une femme, pour mériter la considération, n'appartint jamais, durant tout le cours de son existence, qu'a un seul homme, et que, même abandonnée, elle ne cherchât point de consolations dans un autre amour tant que cet homme viYait. Il y avait dans cette séYérité une influence d'eglise, que l'indulgence contemporaine a lentement brisée. Nous irons sans doute

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==