La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

332 LA RE\'UE SOCIALISTE LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS Deux. éYënements, un petit et un gran<l, dominent le moi~ de féYrier. Le petit, c'est l'election de Constans au Senat par le Sénat luimême; le grand, c'est l'insurrection de b Créte et l'inten·cntion armee des Grecs en fayeur de leurs compatriotes opprimés. Constam et le Sénat ne pournient Yine plus longtemps séparé~; les deux. amants se comprenaient, s'aimaient, etaient faits l'un pour l'autre. Malgré la cruelle separation de ces deux. derniers mois, il existait toujours entre eux. une intime télcpathie. L'honnête i\l. de Rernusat ayant eu la délicatesse de mourir bien ù propos, rien ne s'opposait plus ù la félicité des surviYants. Du reste, comment se figurer le Senat sans Constans et Constans ailleurs qu'au Senat - ou ù Mazas qui est si bien habité? Les e\'foernents de Crète accusent d'une façon aiguë la culpabilite et la lâcheté de l'Europe. L'an passé, l'insurrection crétoise YÎctorieuse fut desarmee par l'interYcntion des puissances, lesquelles promptes à agir pour arrêter la sainte revoltc des forts toléraient l'egorgement paisible de trois cent mille Armenicns. Les Crétois cédèrent deYant la promesse de rèformes profondes; mais, au bout d'un an, MM. les arnbassadems n'a\·aient rien obtenu. Ces circonspects et lents personnages étaient joués par le sultan. C'est alors que les Crètois, menacés par le fanatisme turc, reprirent le fusil, sachant bien que les conYentions diplomatiques, comme certaines femmes, aiment ,'t être Yiolées et sont fécondées par le Yiol. Les Grecs, fatigues des commérages égoïstes et des lentes hypocrisies europeennes, debarquerent en Crète - contre le droit des gens. - Car c'est ainsi qu'on appelle le droit pour le sultan de faire égorger et piller ses sujets chrétiens. L'impuissance de l'Europe était donc la cause première de l'audacieuse intervention du peuple hellène, appelé au secours par ses compatriotes abandonnes sans protection.

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