La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

3 ro LA REVUE SOCIALISTE luttèrent six mois, mais durent enfin rentrer dans les ateliers sous les anciennes conditions. Une autre lutte cconomiquc, qui tint le monde travailleur en haleine pcnda;n près de quatre mois, fut la grhc des ouvriers des docks Ji..: Flensbourg. Il s'agissait pour ces derniers d'une minime augmentation de salaire que la société patronale, riche à millions, refusait d'accorder. Cette fois les capitalistes durent cedcr : les grévistes finirent par aYoir le dessus. Il n'en est pas encore de même, hélas! de la grèYe, autrement vaste et importante, des ouvriers du port de Hambourg (r). Commencée au mois de ;10vembre, clic continue toujours a\-CCune persévérance et une discipline admirables. Cé sont r 5 à 18,000 gréYistes, formant aYec leurs familles une popul.ltion de 50,000 runes, qui tiennent tète aux plus puissantes compagnies de navigation qui existent en Europe. L'objet de la lutte n'est cependant guère en proportion avec sa dimension : ici comme à Flensbourg le refus des compagnies d'accorder une augmentation de salaire donna le signal de la grèYe. Si celle-ci a pu se maintenir aussi longtemps, c'est que lasolidaritéounièrc s'est manifestée sous sa plus belle forme: le montant des sommes recueillies en l'espace Je deux moiss'elèvc à 1,200,000 marks-beau résultat qui ne laissa pas <l'exaspérer les compagnies et auquel elles n'ayaient à opposer que la calomnie et de gros coffres-forts bien garnis. Les feuilles dévouées aux compagnies pretcndaicnt que la grèYc bait une ccm-rc anglaise destinée à ruiner le commerce de Hambourg au profit de celui du royaume britannique, et elles ne manquèrent pas de faire appel à l'esprit patriotique. Il est nai que cette manœuvrc malpropre et vieillotte, quoique toujours en vogue chez les capitalistes de tous pays, ne réussit guère; mais la discussion sur la grève s'accentua de telle sorte que même les partis politiques s'en émurent et qu'au parlement plusieurs combats oratoires témoignèrent de la sollicitude touchante de cc corps législatif pour - les sociétés de navigation. Les oratcu rs socialistes stigmatisèrent comme il convenait l'intransigeance des riches armateurs et la partialité coupable du gouYcrnemcnt, qui, encombrant Hambourg de ses agents, avait prêté main forte aux compagnies. Mais que répondirent les ministres? Cc qu'auraient (r) Depuis que ces lignes ont été écrites, la grè,·c s'est terminée par un echec des ouniers. Cette issue f.îd1euse de b lutte s'explique par la faiblesse des organisations syndicales et par le fait que l,1 ,late de b grcve (fin novembre) avait ctê mal choisie. L'aflluence de, bras inoccupés éuit telle qu'elle contrebalan~ait ks efforts matériels du prolétariat et que Ll somme considérable d'un million et demi de marks, qui fut en tout distribuée aux gré,·i,tes, ne put sauver la cause ouvrière. Conclusion : Le capital, pour n'être point invincible, résiste aux surprises et aux coups mal portés. Pour le tcrr.1sser, il faut non seulement du courage, mais encore de LI stratégie.

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