La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

\ 302 LA RE\'UE SOCIALISTE exclusivement ~ur l'application raisonnée de cette loi. Cc qu'on peut remarquer pourtant, c'est que l'éducation moderne, surtout depuis Bacon, Descartes et P,1scal (r), semble aYoir rompu presque Yiolcmmcnt, en théorie du moins, a\·cc le respect de la loi d'hérédité qui car,1ctérisc la pédagogie antique et celle de Spencer (2). On peut presque dire, sans exagération, que les maitres du dix-scptiémc et du dix-huitième siècle surtout ont pris le contre-pied de la pcnsee de Spencer. H. Spencer dit : « Du moment où il a existé un ordre dans lequel l'humanité a acquis les différentes sortes de connaissances qu'elle possède, il existe chez l'enfant une prédisposition ;t acquérir les connaissances dans le même ordre. De façon que, lors même que cet ordre serait en lui-même indifférent, ce serait n.:ndre l'éducation plus f.1cile que de conduire l'esprit de l'indi\'idu par les chemins qu'a sui\'i!->l'~sprit de la race». Le mépris affiché d·e l'école de pédagogie cartésienne et condillacicnnc pour la tradition historique (3) \'a directement à l'encontre de cette maxime spcncérienne. C'ctait l:i. prétention de Descartes de b:i.tir sur des fondements tout neufs, de ne pas saYoir m0me s'il a\'ait existé des hommes et des esprits a\'ant lui. Il était bien loin de Youloir conduire l'esprit de l'indiYidu par les chemins _qu'a suiYis l'esprit de la race. Il est \Tai qu'il ne proposait pas ~a méthode comme bonne ù sui ne par tout le monde; il distinguait, entre autres, deux sortes d'esprits auxquelles cette méthode ne co11Ye1;ait nullement : les esprits trop modestes et les esprits trop a\-cntureux. Mais on peut prendre ces restrictions pour des formules·cn quelqt1e sorte oratoires. Il serait bien étrange qu'on fit tous ses efforts, pour rendre une méthode populaire, jusqu'à rompre, en écriYant dans b langue ndgairc, aYcc i'usage des doctes - et qu'on ne se proposât aucune action efficace sur l'éducation 1111'.:mdee l'uniYcrsalité dL:s intelligences. Que leur pratique ait pleinement répondu ou non à leurs prétentions affichées, les pédagogues du dix-septième et du dix-lrnitiéme siècle ont un tout autre but que de faire repasser les jeunes intelligences contemporaines sur la trace des ancêtres. On a pu caractériser (-t-) l'esprit classique comme un esprit tout opposé à l'esprit que recommande Herbert Spencer, cc dernier pouYant se résumer ainsi : souci de ~c replonger dans les milieux successifs et dans les conditions où s'est déYcloppce la race. Cette négligence systématique de la tradition ancestrale est aussi, en un sens, une tradition. (1) Georges Lyon. La Pbilosopbicel l'éd11ratio11D; escartes cl le dix-b11iliê111seiecle. (2) A. Martin. La pédagogie des Grecs. (3) li faudrait, parmi les ouHagcs cl,1ssiqucs, citer une p.1rtic du Discours de la méthode (r" putic), de l'A11torit,i m 111alièrode J1bilosopbie (P.1scll), de I'.4.rt de j>e11ser (Condillac). (4) Taine. L' A11cienrégime. Les Origi11csde la Fra11ceco11te111porai11e.

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