La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA PROPRIETÉ IDÉALE 21 Je leurs bras. Eo un regime social oü tout s'e,·aluc et s'echangc, posséder une force physique mise au service Je connaissances professionnelles, c'est eYidemmcnt a,·oir une proprieté en puissance, dont on peut tirer les mêmes jouissances que de toute autre proprietl'.: en apparence plus tangible mais d'un rapport egal. Il y a cependant une différence entre la propriété attribuée au tra,·aillcur et ccll1.:du proprietaire proprement dit. C'est que celle-ci, en yertu de la loi de reproduction du capital, assure ;\ son pos~esseur un re,·enu détermine sans qu'il soit absolument contraint de la mettre en œunc luimêmc. S'il se contente du rcyenu qu'elle lui rapporte, clic lui aura assuré vine, couYcrt et le reste pendant toute sa Yic et il pourra la léguer intacte :\ son fils, et peut-être même accrue. Celle-L'i, au contraire, a une limite, et cette limite n'est que trop soun:nt en :\\·ancc sur la limite de l'cxistcnœ même de son possesseur. Les bras d'un ,·icillard sont toujours des br,1s; mais, Jês qu'ils ne peu,·cnt plus soulever un marteau, ils n'ont plus cours sur le marche. Le malheureux a consomme trop tôt sa propriete, et le \'Oilà complètement <lenue. Il est dans la situation d'un proprietairc qui mourrait de f.1im sur les ruines de sa maison. Quel est le caractère moderne de la proprieté? C'est d'être proprement du capital, c'cst-,\-Jirc un moyen de production que le trayait met en œu,·rc, reproduit et perpetuc. Les br.1s et l'intelligence de !'ou Hier ne sont donc pas du capital, puisqu'ils ne se reproduisent pas à l'infini, puisqu'ils ont une limite qui est leur usure. Un autre caractcrc du capital, c'est que ses produits sont cxecutes en \'ucdc l'échange. On dira: les bras de l'ounicr, son ccn·eau, produisent cgalcmcnt des yaleurs d'échange. Soit. l\lais ces ,·aleurs nc'scront pas ajoutecs à la valcur-tr.1vail qui est dans les br:is ou le cerveau de l'ouvrier. Elles ont paye une Yalcur-traYail dépcnsec et que l'ouvrier ne recupcrera plus, clics ~crYent ;\ crêcr la Yalcur-trnYail qu'il dcwa depcnsc;r demain. Si, donc, on \'CUt absolument assimiler le traYail aux autres formes de la proprieté, il fout dire que le capital est une proprieté qui se reproduit et que le traYail est une proprieté qui ne se reproduit pas. Et si le capital est une propriété qui se reproduit, on conviendra que cc phénoménc ne s'accomplit pas par une \'Crtu magique que posscdcrait le capital, mais parce que du traYail y a cté incorpore, cristallise, selon la si precisc et si forte expression de Karl Marx. Donc k capital se reproduit parce que le traYail l'a fecondc, et c'est prccisément pour cette raison que quiconque ne possède qu'une force de travail ne posscdc en rcalité rien du tout, puisqu'il est contraint de la donner au jour le jour au capital en échange d'une subsistance qui n'est pas toujours à la mesure de son appétit et de celui de sa famille. Que dirait-on d'un homme qui, possédant trente mille francs au moment

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