La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

20 LA REVUE SOCIALISTE l'encombrement de ces diYerscs professions, déjà si grand, serait encore plus considérable. Mais sur ces deux terrains, elle se heurte à une concurrence redoutable. La démocratie porte ses fruits. Les enfants du prolét:niat, dans les grandes :·illcs, ont à leur port~e l:s moyens d'acquérir des connaissances. L'Etat et les communes 111st1tuent des bourses pour les meilleurs élévcs, et ceux-ci, en majorité_fils d'artisans et d'ouniers, apportent à l'étude et au traYail des qualités et des aptitudes qui les placent au-dessus de leurs condisciples plus fortunés. Les bourses, à Paris, sont accessibles à tous les élé\·es indistinctement : cependant on Yoit que la majorité de ceux qui les obtiennent sont des fils du prolétariat ou tk la toute petite bourgeoisie. La propriété des grades universitaires, des emplois, des fonctions échappe donc ;\ la bourgeoisie, comme lui cchappc la proprictc de la terre et de l'outillage. Elle est réellement prise entre deux feux: le capitaliste, qui marche à la conquètc du domaine matériel, et le prolctaire, dont les enfants les plus intelligents marchent ù la conquête du domaine intellectuel. Ceux-ci mettent leurs connaissances au serYicc du capital et acti\·cnt le mouvement de dcposscssion de la classe moyenne. On peut donc affirmer qu'elle ne trou\'c plus dans la propriétc une suffisante garantie de sécurité. \'II Si les ounicrs connaissaient l'histoire de leur classe, ils se consoleraient de leurs misères prcsentcs en songeant à celles bien plus grandes qu'eurent ;\ endurer leurs pères, libres ou non, esclaves ou colons, serfs ou artisans. \'oilà cc que déclarent ceux qu'étonne, afflige ou menace la revendication croissante du prolctariat. Il est plus exact d'affirmer que le jour ou le prolétariat saura ses origines, rien n'arrêtera plus son essor Ycrs l'aycnir, car il n'est tel que de considerer le chemin parcouru pour donner le courage et la force d'aller plus a\'ant. Le producteur de naguère et de jadis a été une chose plutôt qu'un homme, cela est nai, et il ne fut jamais autant qu'aujourd'hui le propriétaire de son tranil. Ses corYées sans rcrnunération édifièrent les Pyramides; est-cc une raison pour estimer suffisante l'incomplctc rémunération qu'il reçoit de notre temps sous forme de salaire? Artisan prétendu libre, il fut fouetté et essorillé quand il se concerta a\'cc ses camarades du moyen âge et de la renaissance pour rcf user le traYail trop peu payé; est-cc une raison pour qu'il apprécie à présent comme un bienfait <l'être libre de faire arcye sans risquer pis que la prison pour lui et la famine pour les sicns 0 ? On répète couramment l)lle Li Ré\'olution francaise a donné la liberté aux OU\'l'Îers, en d'autres termes qu'elle leur a re,ndu la propriété

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