22 LA RE\'UE SOCIALISTE de sa majorite, déclarerait graYe1m:nt que,grùce ù cet argent, son existence est assuri'.:epour trente ans, et manifesterait l'intention de tenir son héritage dans un coffre et J'y puiser chaque année les mille francs de sa dépe-.nse?On dirait qu'un tel homme est un fou, et on n'aurait pas tort, attendu qu'il y a des chances pour ,1u'il YiYcplus de trente ans et qu'il se trouvera dépourn1 au seuil de Ll, ieillesse, attendu que cc c.1pital de tre11tc mille francs placi'.: A intérêt rnodéri'.: pourrait lui rapporter les mille fr.111cpsar ,lll qui lui sont nécessaires et se retrouYer néanmoins intacts au bout de Li trentiéme année. On blùmerait cette op(-ration chez un particulier possédant un c.1pital, et l'on trou,·c tout 11.1turclque la socii'.:tecontr,ligne plusieurs millions d'êtres humains à épuiscr leur unique richcsse, qui cst leur forcc-tr,wail ! Au moins notre c.1pitaliste toque et paradoxal se serait-il rcposé ,\ càté de son s,1ed'écus et se serait-il donne trente années de bon temps. Cette proprieté si précaire et d'un car.1ctére si spéci,d, :1ssurct-dle la liberté ù son possesseur? P,1s plus qu'il n'a la possibilité de l'aliéner d'un seul coup alîn de l'échanger contre une autre forme du capit.tl, le prolétaire ne pi:ut se cro1ri: libre de disposer di: la propriéti'.: de ses bras. Un chômage, une maladie qui en ont suspi:ndu l'emploi pendant un nombre donné de jours n'ont pas, t,rnt s'en faut, accumulé uni: ri'.:scn·cde forcc-traY,lilqu'il soit loisible au prolétaire de monnayer. La force qu'il n'a pas employée n'en est pas moins perdue pour lui, et même les pri,·:1tions resultant du chômage ou l'affaiblissement résultant de la maladie causent forcément une diminution de cc qui lui reste,\. dépenser de sa prétendue propriété. Au contr,lire, si le c.1pitalistc chorne ou tombe rnaladi:, le capital ne chôme ni ne tombe mal.ide. La crise personnelle qui r~incra tel capitaliste ne fera aucun tor~ à son capital, qui ir,1simplement se mettre au sen·ice d'un autri: c.1pitalistè plus heureux ou mieux portant. Donc, si le tranil est une propriété trés personncllc, :1coup sùr la plus personnelle de tomes, il n'a aucune des \'Crtus qui car,1ctérisent la propriété, car il n'assure même pas la liberté ù son possesseur et il n'i:xiste comme propriété qu'au moment mème où son possesseur ,1 la possibilité de l'aliéner. Si, donc, en un sens, le traYail est la plus idé,1lc des proprii'.:tés, on peut affirmer qu'il n'est pas la propriété idble. Le tr.w.1il n'.1ssure pas la liberté du producteur, puisqu'il est une ali(·nation constante de l'acti,ité physique et cérébrale de celui qui le fournit. ~fais, dira-t-on, il procure, par k s:1laire, des moyens de libcrté. Un tel est libre, parce qu'il a trois mille fr.111csde rentes, et un tel est librc, parce qu'il a 1111 salaire de trois mille francs. A cette différence, cependant, que le premier a une liberté de plus que le second : celle de ne pas tr,l,·ailler. Le second, quand lui échoit c0ttc funeste liberté, meurt de faim, tout simplement, et il emporte sa liberté
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