268 LA REVUE SOCIALISTE si tel associé peut renoncer ù sa part des bénd1ees de l'entreprise commune ou échanger le signe de sa propriété contre de l'argent ou des marchandises, il ne lui est pas permis d'entraver ou d'arrêter l'exploitation commune en emportant ou retenant pour lui une partie de matériel et de bùtiments représentant son apport. En un mot, le copropriétaire capitaliste n'est plus le maître de sa propriété, il ne: peut disposer d'elle qu'en la transférant à un autre qui devra à son tour la laisser intégrée à la propriété commune; dans la république capitaliste, le citoyen n'est pas un propriétaire réel, mais un usufruitier. Cette république lui confere-t-elle au moi11s tous les droits du citoye11? Peut-il entrer dans le sénat oü se règlent ses intérêts? Rarement, s'il est un petit capitaliste. Dans les grandes entreprises, l'acces aux rénnions 11'est permis qu'aux detenteurs de dix ,\ cinquante actions. Comme un capitaliste avisé se garde bien de placer tous ses œufs dans le même panier, il lui faut véritablement être riche ù millions pour avoir voix aux chapitres diYers qui disposent de sa richesse. Y a-t-il Yoix? Son opinion sera toute personnelle, so11Yote ne comptera que pour une unité, à moins que ses millions 11e lui donnent rang parmi les cent cinquante ou deux cents hauts barons du capital dont les noms revie11ncnt avec persistance sur la liste des conseils d'aministration de toutes les grandes entreprises capitalistes. Le capital n'est pas seulement social par le fait qu'aucun des associés ne peut en distraire la part qu'il a apportée, mais encore et surtout par cet autre fait que les entreprises capitalistes, :\ mesure qu'elles se développent et se perfectionnent, sont amenées:\ se solidariser plus étroitement, la débkle de l'une d'elles pouvant affecter et compromettre la sécurité des autres. Le capitaliste n'ayant pas limité son apport à une seule entreprise et ayant ainsi des intérêts dans plusieurs, une sorte d'assurance mutuelle se forme entre toutes pour garantir la prospérité commune et limiter les risques au minimum. Il est encore un point p:u lequel s'assure l'iudivision de la propriété capitaliste. Nous avons constaté dans un précédent chapitre que la societé, représentée par l'État, a contribué, en France, par des dons de terrain et d'argent et par des priYilegcs légaux, à la constitution des trois principales branches de la propriété capitaliste : le crédit, les mines et les chemins Je fer. Cc faisant, l'État donnait le caractére de sen·ice public à ces entreprises, qui sont d'ailleurs temporaires dans leur mode de possession, sauf renouvellement du priYilege, renouYellement que le capitalisme sait toujoms obtenir, étant aujourd'hui la seule puissance positiYe organisée. Par tous ces points, la propriéte capitaliste prend un caractere social indéniable. Quand, donc, constatant cc caractcre, le socialisme veut introduire le regime démocratique dans les républiques aristocratiques du
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