La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE Le roi Georges, si bien apparenté à toutes les grandes familles princicres, a dû être fort contrit, lorsqu'on lui a appris que sa couronne était au prix d'une expcdition è.ans le Sud. Les chancelleries, qui l'accusen!: d'entêtement et qui lui reprochent ses allures bcllil]Ueuses, usent enYers lui d'une ironie cruelle. Cc n'est certes p,1s la passion panhcllcniquc qui l'a jeté dans l'aYenturc de Crète. ,\bis l'intèrêt dynastique a ses exigences et les Grecs sont un des rares peuples qui soient cncorc capables d'un coup d<: tête. Quelque répulsion qu'on éprouve pour la guerre, on se sent \Ille étrange sympathie pour cc petit groupe d'hommes qui n'a pas craint de s'agiter, d'éleYer la Yoix, de prendre mèmc les armes en dépit de toutes les objurgations ct de toutes les menaces. Au fond, quelle que soit l'issue d<: la crise, le colonel \'assos aur,1 fait de la bcsog11e. Le petit corps qu'il commande aura du moins soustrait Candie au despotisrn<: abrutissant de la Porte, d inspiré aux puissances une salutaire reflo;ion. Si ces centaines de soldats n'ayaient pas débarqué un beau jour sur le littoral de l'ile et marché ;'t l\:nncmi, l'Europe aurait tout simplcmcnt replacé la Crète sous le régime de la Charte de Halepa, l]U'Abd-ul-Harnid se serait lüté de Jcchircr. Il nous plait de voir la réaction .i six têtes qui constitue le fameux << concert », battue en brèche, hurnilièe, bafouee même, 1:iarune nation minuscule qui se nourrit de scs souYcnirs, de ses Yisions d'art, et de son intraitablc passion d'indcpendance. La victoirc mèmc partielle de la Grèce sur les solennels diplomates du Foreign Office, du quai d'Orsay, de la Ball Platz, etc., etc., restera l'un des traits les plus piquants c.lcces dernières années du dix-ncuYiéme siècle. Le bombardement, par contre, restera l'un des moins glorieux. 1 ous nous demandons d'abord quelles ont cté ses conséqucnces pratiques, et nous ne les trouvons point.Mais combien il est significatif, et quelle immense portée l'on est tenté d'attribuer à ces quelques décharges <l'artillerie! \'oilà l'Europe rétrogradant de qu,ltre-Yingts ans, à l'heure ou les Congrès de Carlsbad, de Troppau, de L1ybach, de \'érone crndiaient les moyens de comprimer les soulè\·cmcnts libèr.1ux et nationalist1.:s Je Picmont, de Naples et d'Allemagne! L'histoire se renou\·ellerait donc ù cc point, alors que toutes les conditions ambiantes se sont transformées, qu'en \'ertu des principes 1112:meshonnis en cc temps lointain, deux grands pays ont surgi, l'Italie et l'Empire germanique, et que le îibéralisrne, dcnoncé a\'ec un suprême acharnement, a fini par filtrer jusqu'en Autriche!. Tant il est nai ,que les socictés ont beau modifier leurs formes extérieures et leurs organes d'action : leur structure interne, leur régime l'.:conoi11iquc et moral relèguent au troisiénic plan leurs institutions politiques et civiles! Deux États semblent avoir pris l'initiative de la réaction à outrance

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