La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE toute sa vie pour elle-m0me ..:ette sérénité bourgeoise qui s'obser\'e et se préserve. Mais cette bclk unité et dignité de sa vie, ne la dut-elle pas en grande partie à la vie <le famille qu'elle mena jusqu'au dernier moment, et surtout;, sa mère, une niéce de l'opticien Soleil, et à sa seule et unique institutrice, sa sœur ,1înée, Mme Féresse-Deraismcs? Le reste, c'est-ù-<lirc le plus import,ult, l'intelligence émue de toutes choses, l'ardeur républicaine et libre-penseuse, l'éloquence persuasive et prenante, est le fruit de ses études solitaires, de ses méditations de recluse laïque, recluse volontaire et familiale. Il en est de même de son appétit de propagande active, de son goùt pour l'apostolat. Maria Deraismes débuta dans l'art oratoire,:, la fin du second Empire, par une série de conférences au Grand-Orient: .Vospri11cipesl'i 110s111œ11rs. Elle avait alors vingt-quatre ans. Après la guerre, Maria Dcraismes, malade, se recueille et ne sort de ses méditations que pour prononcer au théâtre de Saint-Malo, où habit,iit la f.1millcde son père, un grand discours politique : R,p11bliq110,1•1,'1011archfr. Enfin, pendant la p<'.:riodcde trois mois qui sui\·it le coup d'I~t.it du 16 mai 1876, M. de Broglie eut beau interdire les réunions publiques, en Seine-et-Oise, tous les jours il y ,1\·ait réunion politique, aux Mathurins près Pontoise, dans le salon et le jardin de Li proprit'.:té de Mme Deraismes. J\lllc Maria Deraismcs devint ainsi à domicile le Gambett,1 de Seine-et-Oise. De tout le dépmtement des centaines d'électeurs n:naient à ces conft'.:rcnces familières. De temps ù autre elle ét,1it sup pkée par Hubbart, Duprat, Lapommeraye, Deschanel, l lamel, . aquet ou Lockroy. Puis elle prit part :1 une foule de réunions et de congrés antidéricaux et féministes, fonda la « Socit'.:té pour l'amélioration du sort de la femme », fit encore des conférences, eut des polémiques, a\'CC Sardou il c.rnse de son Rabagas, avec Alexandre Dumas ù cause de son Ho111111e-Fe1111m·. Bref, Maria Deraisrnes ·fut constamment une militante du progrès, et c'est à la pieuse sollicitude de sa sœur, Mme veuve Féresse, que nous devons aujourd'hui le recueil de ses œuvres écrites et parlées. Ces œuvres, dont troi~ volumes ont déjù paru, sont publiées à peu près selon leur ordre chronologique. 10111e premier: France et Progrès. - Conférence sur la Noblesse. Fra11cr l'l Progrès a été écrit au lendemain de la guem,:. Aussi le premier chapitre « V,l' Viclis n est une hymne à la France, qui se continue d'ailleurs tout le long de l'ouvrage. - Depuis, quelques-uns des progrès rèclamés par l'auteur, notamment l'établissement définitif de la République, l'obligation, la gratuité et la laïcité de l'instruction ont été accomplis. D,1ns ce livre guerre est faite à tous les préjugés, 11011 seulement cléricaux, mais aussi petit-bourgeois. Et l'on Yante la vertu politique de l'esprit révolutionnaire, et la bienfaisance civique de la prédominance de la raison. Les aperçus sur les systèmes socialistes sont du dernier faible, mais il faut louer sans réserves une admirable Co11jifrl'llccsur la ">7o.l>lcrn• et les chapitres sur l'éducation, l'instruction, l'apprentissage, le prolétariat, les salaires insuffisants pour l't'.:pargnc, l'association, la coopération, etc ... La penst'.:eest noble et élevée; l'expression est animée par un large souffic libéral. Et, .:omme conclusion, l,1 solidarilé est déclarée loi des démocraties. Enfin la République est proclamée l'instrument le plus favorable aux réformes sociales.

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