La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

16 LA RE\'VE SOCIALISTE il en est aussi le plus l,bn::. Il est ù peine besoin de dire que son action sociale est considérable. Tel pauuc diable qui n'approcha de sa Yieun o-uichct de banquier pourra Yous dire aYcc orgueil le nom de l'homme le plus riche de France, et cc malheureux, à qui une pensée élcYée donnerait assez de dignité pour lui permettre d'apprécier le peu de Yaleur morale de la richesse, sera incapable de Yous citer un nom d'écriYain ou de sa\•;rnt, et, sans la découverte du Yirus rabique, le nom de Pasteur ' n'eût été appris.\ la foule que le jour de son enterrement; elle l'cùt, d'ailleurs, oublié le lendemain. Rarc111entle capitaliste daigne diriger lui-mC:meL1politique, du moins ou\'ertemcnt. i\lais il n'en a pas moins ses préférences. Si, dans les États dé111ocratiques,il juge prudent de ne pas faire montre de sa puissance, il n'en interYient pas moins d'une manière acti,·c et efficace dans le sens, non <les.intérêts réels du pays, 111aisdes siens propres. Il est nai qu'il possède une si grande partie de la richesse publit1uc qu'il peut se croire autorisé à identifier l'intérêt public au sicn. Même dans les pays monarchiques d'apparence féodale et militaire, il exerce son action directrice ou modératrice. L'extension de sa puissance lui a fait tenir les frontières pour de pures limites géographiques, et elle lui donne une sorte de patriotisme international qui n'est pas fait pour déplaire,\ ceux dont la pensée sur cc point deYancc les temps. Le cosmopolitisme de la féodalité capitaliste est du reste fort accom111od.11\1•to.lonticrs elle fabrique pour ses gou \'crnemcn ts respectifs de formid.1bles engins de guerre qu'un progrès de l'armement fait jeter;\ l.t fcrr,1ille an bout de cinq ou dix ans; mais clic ne permet ni aux gouYcrnerncnts ni aux peuples de jouer aYcc cet outillage de mort, car une guerre européenne proYoqucrait une crise économiLJUe dont les c.1pitalistcs auraient ù ~ouffrir. i\lais c'c.:st~urtout dans les États démocratiques que le capitaliste est tout-puissant. Il a su, par la presse, qu'il soudoie, conquérir même l'opinion publique et lui imposer les doctrines économiques dont il est le bénéficiaire. Quant aux doctrines philosophiques, rnoralc.:s et politiques, il les dédaigne Yolontiers. Car, en somme, le capitaliste est une force de b nature, une force plutôt physique, sans aucune ccrébralité. Il lui importe peu que le peuple soit croyant ou athée; si le peuple aime l'eau-dc-Yie, le capitaliste en fera extraire de la bcttcraYe ou de la pomme de terre et lui Yerscra l'ivresse; rn.1is si le peuple entend ne plus p,1ycr les impôts de conso111rnation, le capitaliste achl'.:terales journaux, et les journalistes aycc, pour lui démontrer t}u'il est nccess,lirc que l'impôt soit payé par les p;rnncs, attendu que les riches pourraient, si on grcyait leur superflu, faire émigrer leur argent. Le capitaliste n'a pas de doctrines politiques, maie il soutient de préférencL' le~ conserYatc.:urs.Dans les deux grandes conspirations qu'ils ont org.1nisccs en France, au cours de la seconde moitié de cc siècle, contre

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