La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

222 LA RE\.UE SOCIALISTE l'ai oublié. Grkc à l'art de M. Émile ,·cyrin, je suis à Rome au temps des Césars, dans quelque coin caché des Catacombes, et j'as~istc à une réunion des nou,·caux chn'.:ticns. i'vlais non, car les rites seuls sont semblables; la morale est différente, plus pure : elle ne conseille pas le bien dans l'espoir d'une récompense personnelle; l'enseignement, uniquement humain, dédaigne les promesses illusoires de l'au-dcla et parle de choses immédiatement réalisables en cc monde par la bonne yo\onté de tous. Micheline - dont 11110 Barbiéri a heureusement dessiné la silhouette aYcc une gdcc austérc - demande que les faibles et les i11Yalidcs soient secourus, suiYant leur droit et non suiYant le bon plaisir des forts, car les uns et les autres ont hérité au même titre du patrimoine commun constitué par les efforts des ancêtres; clic demande que chacun reçoi,·c non pas seulement en proportion de sa production, mais en proportion de son mérite et de son traYail; clic dit que les hommes pcuYent <lonner leur application et leur génie sans y être poussés par le stimulant de l'interê1, comme le soldat qui donne aujomd'hui son sang moyennant une solde infime d'un sou par jour; clic parle du jour souhaité où les haines s'apaiseront, où la paix régnera, et aprés chaque strophe, si je puis dire, elle ajoute cc refrain : « Une idée court à traYcrs les siécles, » quc tous les ouuicrs reprennent en chœur, et cette simple pcnsec, ainsi rendue, fait courir un frisson dans tout l'auditoire, comme le Yent secoue la forêt. Au cinquième acte - qui n'a pas été représenté - les ounicrs ont trion~phé; ils ont gagné de l'argent; ils en ont assez pour payer les dettes de Lemonnier; le malheureux sort de prison, mais c'est pour Yenir expirer dans son usine, au pied de la statue que ses amis lui ont éngéc. Tel est cc beau drame, qui n'est pas, comme on YOit, une peinture des choses de la Yie, mais un magnifique tableau des principes socialistes, une leçon concrétc et poétique sur les grandes choses que rê\'cnt les réformateurs. Émile Veyrin l'a traité d'une façon sobre et ferme, aycc une intensité d'effet qui rC\·elc un écriYain fait pour le théàtrc. Les critiques ont parlé de M. Émile Ycyrin et l'ont loué, mais pas autant que s'il cùt été étranger. On a surtout réserYé les guirlandes de fleurs à i\I. Bjornstjern-Bjornson, auteur non·6gicn, dont nous aYons n1 un drame en deux parties: Au delà rlesforces humaines. Je dirai cc que j'en ai compris, ou du moins cc que j'ai cru en comprendre, car avec ces œun-cs étrangércs, rclatiYes i des mœurs que nous ne connaissons pas, 6critcs suivant des procéd6s scéniques qui ne nous sont pas familiers, nous ne sommes jamais bien sûrs d'avoir nettement saisi. Là le spectateur français éprouve la sensation d'un jeu de colinmaillard; les yeux bandés, il porte la main sur quelque chose ou

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