La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

200 LA REVL'E SOCIALISTE Tous les Yices sociaux gui ont etc cxtirpcs au cours des silclcs, une fois attaqués, SC sont trouves a\'Oir dans les préjuges leurs plus profondes racines. Si l'on répandait l'instruction morale, si i'on donnait à tous les hommes la connaissance rcAéchie de leurs devoirs et de leurs droits, si l'on initiait dans les idées nouvelles et saines, avec de la méthode et du calme, tous les hommes intelligents dont la pensée est maintenue dans la sphérc vulgaire p:1r l'ignorance, la transformation sociale apparaîtrait bientôt à tons, non scukment comme possible, mais comme urgente. Et la révolution, toute pacifique, se ferait d'elle même. Mais le mal sert trop d'égoïsmes, dans la société actuelle, pour que l'éclatante lumiérc gui l'anéantirait se produise aussi vite. On enrégimente les hommes pour leur apprendre à s'entre-tuer, pour perpétuer leur miscrc, leurs préjugés et leur haines, et, pour cela, les moyens abondent. Mais il n'en est pas de même, quand il s'agit de les instruire moralement. Les cgoïsrncs dominateurs, dans la socicté, disputent pas à pas ù la philosophie le terrain qu'elle gagne. Je m'échauffais maigre moi, et je prenais un ton de moins en moins familier. Soudain je m'arrêtai, et il y eut un silence. Pour <legagcr la situation : - Et Yoilù, dit en riant celui gui m'avait le mieux écouté. En attendant nous continuerons à piocher nos bcttcraYcs, et à les Ycndrc pour ce que nos spéculateurs voudront bien nous en donner. - En effet, répliquai-je, nous continuerons à vendre nos betteraves, et c'est sùrcment malheureux. Car c'est nous que la question sociale regarde, c'est nous gui devrions nous en occuper. Nous nous plaignons incessamment de notre situation déplorable, et nous paraissons insoucieux de l'améliorer. Nous ne pensons pas à en rechercher les causes; nous refusons souvent d'ccoutcr ceux gui Youdraicnt nous en instruire. Combien vont jusqu'à dire qu'il ne nous appartient pas, à nous que le traYail manuel enchaine, de nous intéresser aux gucs~ions sociales! C'est une dangereuse imbécillitc. Car si les intérêts du peuple ne sont pas défendus par le peuple lui-même, par gui le seront-ils ? Si les classes que la Yicille monarchie opprimait ne s'étaient jamais préoccupces des questions politiques, si clics n'ayaicnt jamais pensé :'t leur avenir, l'ancien régime existerait encore. Occupons-nous donc, autant qu'il nous est possibic, des questions de politique et d'intérêt général. Nous avons fort à faire. Car si le progrès réalisé par 89 est immense, il ne constitue pas pourtant tout le progrès possible. Que sommes-nous dans l'État actuel? Nous sommes à peu près, pas tout à fait même à beaucoup de points de vue, cc qu'était la bourgeoisie avant 89. Et, vous le savez, la bourgeoisie n'était pas contente. C'est elle-même qui a fait la Révolution. Après le régne de la noblesse, le régne de la bourgeoisie est venu. Et ce que maintenant

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