LA' COLONISATION SOUS LA TROISIÈ~IE RÉPUBLIQUE 169 X LES CO~SÉQUENCES POLITIQUES ET FI~ANCIÈRES DE LA COLONISATION Si l'on nut établir trés exactement le bibn de la colonisation, il ne suffit pas d'cn\'isager son coùt immédiat et d'examiner le développement d'immoralité qu'elle entraîne ayec soi dans b société capitaliste. Elle engendre d'autres conséquences encore qui devraient être aussi sensibles aux conservateurs de toute cspécc qu'à nous-mêmes, mais sur lesquelles ils ont coutume de passer assez légérerncnt. L'expansion au dehors ne se solde pas cxclusi\'cmc11t par les crédits énumérés aux budgets spéciaux <lescolonie, et des protectorats. Elle a contribué à accroitre la dette publique, et il est juste de mettre ù sa charge une part des arrérages annuels servis par le Tn'.:sor. Elle a provoqué une extension de notre marine, qui est venue aggraver les exigences déjà si lourdes du militarisme. Il est fort étrange même de mettre en présence ces deux assertions des parti~ans de la conquête cxotiq uc et des partisans des grandes constructions 11aYalcsqui sont parfois des adYcrsaircs de la conquête : il faut agrandir nos domaines, semer des postes sur les Océans, dans l'intérêt de notre marine (r); il faut mettre sur chantier de nom·eaux b:'ttiments afin <le protéger nos colonies (2). Cc qui est déplorable, c'est que ces deux affirmations viennent se concilier pour surélever nos dépenses (3). Si notre déYeloppcment extra-européen obérc nos finances, il exerce de plus sur notre situation politique dans ie monde, une influence néfaste. Il nous a crcé d'innombrables sujets de conflits avec d'autres grandes puissances, aYec l'Angleterre surtout. Comme LaYcleye l'a montn'.: dans une de ses remarquables études, la fondation des empires coloniaux a accru entre les États les chances de guerre, en multipliant les points de contact. Chaque jour, une conflagration générale, mortelle pour la civilisation, peut naitre du frottement des dépendances jetées sur les autres continents par les ambitions des classes possédantes. Engagés plus que les Allemands, plus que les Italiens dans l'occupation (1) Ferry, Rambaud, etc., passim. (2) Lockroy : Noire Marine de guerre (1896). (3) Autre raiSj,)nnement étrange des conservateurs protectionnistes coloniJux: au.:un peuple d'Europe ne supporte des impôts aussi onéreux que les nôtres. En raison du poids même de nos contributions, nos commerçants ne luttent pas :i armes égales contré leurs concurrents étrangers. D'où la necessité de leur ouvrir des débouchés, en fondant des annexes. Mais cette ouverture de débouchés coùte cher, et vient encore élever les cotes fiscales. On peut poursuivre ainsi indéfiniment.
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