La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

168 LA REVUE SOCIALISTE pécns et en même temps le souci du lucre sont trop profondément implantés dans les cervelles de nos colons, pour que les indigénes soient traités aYcc la douceur, avec le respect que mérite tout être humain. Le militarisme n'est pas seul responsable de la demi-servitude oü nous maintenons les peuples vaincus. L'atavisme, les idées encore courantes, les théories prêchées comme des dogmes a la tribune, constituent pour lui de précieux auxiliaires. L'Européen se refuse a consi<ll:rer l'Arabe ou l'Indo-Chinois comme un égal, même comme un frérc plus jeune, à éduquer progressivement. Il le méprise, le foule, lui dénie, en son for interieur, tout droit. C'est en Algérie surtout que s'affirme cet antagonisme né des circonstances mêmes de la conquête, et perpétué par les préjugés qu'ont servis les hommes d'État de la classe dirigeante. L\ le musulman est recrardé comme l'ennemi. Contre lui on a dressé des lois :::, spéciales et draconiennes. En yertu d'un code forestier et d'un code de l'indigénat, indignes d'une nation gui se prétend civilisée, on le crible d'amendes et de pénalités rigoureuses. On ne songe peut-être plus à l'exterminer, comme aux premiers temps de l'annexion, mais le refoulement méthodique, la spoliation sans vergogne et par tous les moyens, sont des conceptions soigneusement entretenues et applil1uées avec une rapacité qui stupéfie. Combien de fois déjà les doléances africaines sont parvenues Yaincment aux pou\'oirs publics, tamisées, à demi étouffées par les hautes puissances des trois dcpartements ! L'Arabe paie, mais il n'a pas la faculté de faire entendre sa voix. Prenons garde : nous administrons. l'Algérie comme l'Angleterre administre les Indes. Les ré,·eils peuYent être dangereux. La France, pas plus que les autres États colonisateurs modernes, n'a fait son devoir vis-à-vis des races africaines ou asiatiques qu'elle prétend,lit civiliser (1). Entre l'esclavage ancien et les institutions libres et égalitaires gui découlent du principe démocratique, elle a pris un compromis. Elle n'a réussi qu'à résoudre à son désavantage et le probléme économique et le probléme moral. Lés classes dirigeantes auront offert à la fois le spectacle <leleur impuissance, de leur hypocrisie et de leur avidité (2). (1) Nos :it!ministr:itions coloni:iles ont p:irfois d'ctranges complaisances. On a maintes fois signalé à la tribune parlementaire l'existence d'un marché d'cscl:ives .'tRayes, 1.tcapitale du Sou,bn fr.111~:iis-. On se souvient aussi de la discussion pénible à laquelk donn:i lieu, à la Ch:imbrc, !:l suppression de l'esclavage i, M:i<lag:iscar. (2) Un sel!l peuple, :i l'ét:ipe historique ou nous sommes arrivés, a osé m:iintenir presque intëgr,1kment, et ouverte111ent d:ins ses Jépend:inces, le régime ancien : l'Esp:igne. A part la suppression de l'esclavage, Cub:l n'a pas plus de liberté qu':iu dix-huitième siècle. De cette condition :i surgi l'insurrection de 1895, qui, nous l'espérons et k souh:iitons, se ter111ineia p:ir !:l défaite de la métropole. Mais après la victoire, les Cubains auront encore à s'organiser en République démocratique, et i, comb:ittrc les influences cléricales et capit:ilistes, plus vivaces d:ins les républiques sud-:iméricaines que p:irtout ailleurs.

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