La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA COLOXlSATIO:-1 SOC'S LA TROlSIÎ:)IE RÉPCllLIQCE I6ï la société capitaliste, l'occupation de l'Asie et de l'Afriq uc dcYait produire de gros revenus, mais elle ne pou\'ait être fructueuse qu'abstraction faite des grands principes formulés par le dix-huitiémc et partiellement appliqut':s par le dix-ncu,·iémc siécle. Que l'État administre ses annexes avec tout le despotisme barbare de l'Espagne et de l'Angleterre avant et aprés Iï89, et clics rapporteront au lieu de coùtc.:r. La solution brutale du problémc moral entraine la solution la plus a,·antageuse du problemc économique. Que l'État gou\"crne ses annexes avec clémence, - nous n'o~ons dire: selon les formules de la démocratie, - et la solution plus humaine du probléme moral proYoqucra la disparition des bénéfices pécuniaires. A notre époque, les puissances colonisatrices oscillent entre ces deux altcrnati,·cs dont la seule considération dcnait exclure tout<.: conquL·tc : se ruiner par mansuétude, se déshonorer par cruauté. li y a soixante-dix ans encore, toutes les nations du Yicux monde s'arrogeaient sur leurs domaines <l'outre-mer une autoritl'.: absolue qu'aucun scrupuk ne ,·cnait tempérer. La France, l'Espagne, l'Angleterre, la IIollande, le Portugal, les cinq grands Etats colonisateurs d'alors, avaient impose à leurs possessions un régime ù peu pres uniforme qui se caractéris:1it par l'cscla,·;1ge et par le systéme du « pacte colonial ». Les hommes étaient traités en Yil bét:1il : ni le commerce, ni l'industrie, ni le transport n'ét:1icnt libres. Il fallait que la colonie vendit et achetC1ttout à la métropole, et qu'elle confi;tt l'intogralité de son tr:1fic :1ux na\'ircs de sa suzeraine. On conçoit que sous le couvert de ces institutions, a\'<.:Cune main-d'œu,-rc sen·ile fort peu coùtcusc et le monopole exclusif du marcht.:, les peuples d'Europe pouv:1icnt recueillir de beaux profits dans l'exploitation de leurs empires. Cette prospl'.:rité s'l'.:rnnouit quand s'cffondrércnt les deux colonnes du régime. La suppression de l'esclavage, d'abord à l'époque· de la Re\'olution, puis en 1848 - et l'abrogation du p:1ctc colonial en 1861 - ont singuliéremcnt rl'.:duit, ainsi que nous l'ayons vu, les avantages que nous retirions de nos succursales d'outrc-mer. Force a été de s'y rt':soudrc. Quelque passionnccs pour le gain, quelque soucieuses de leurs intérêts que fussent chez nous, comme partout, les classes dirigeantes, clics ont dù plier pourtant dcYant les conceptions nouvelles proclamccs par les grands sursauts du monde moderne. Bon grl'.:,mal grc, clics ont dù consentir à l'émancipation des groupes Yassaux d'Amérique, d'Asie, d'Afrique, d'Océanie. Le problème moral sc1nblcrait donc être rcsolu au mieux du droit, mais au détriment de l'exploitation économique. La situation est loin d'être aussi nette. Pas plus que l'Angleterre, la France n'applique strictement les principes libéraux dans les terres qu'elle a reçues du passé ou qu'elle a plus rcccmmcntconquiscs. La notion de l'infériorité des groupements ethniques extra-euro-

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