La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

166 LA REVUE SOCIALISTE petit État d'Europe. L'Allemagne entretient dans le monde jaune ou noir des relations sensiblement aussi fructueuses que les nôtres, quoiqu'elle 11cconsente pas le moindre sacrifice d'occupation. En croyant conquérir par ses gaspillages d'hommes et d'argent une clicntele sùre, la sociéte capitaliste s'est trompec. Elle n'a pu ni justifier l'un des rares arguments specicux qu'elle présentait à l'appui de son cxp:rnsion, ni satisfaire au besoin de vendre et de vendre sans cesse, dont elle Yit et dont elle meurt. Comme l'avaient pressenti la plup:ut des economistes, les rapports economiques ne sont nullement subordonnés aux rapports politiques. La dépendance que l'inYasion victorieuse a etablic entre un pays et un autre ne garantit pas au second l:i possession exclusive du marché du premier. « En dépit des barrieres jalouses, dit Adam Smith, cc ne sont pas toujours les metropoles qui bénéficient le plus des colonies », pei1sée dejà vraie à la fin du dix-huitieme siecle, lorsque le « pacte colonial i) faisait peser sur l'empire exotique de la France, de l'Angleterre, des autres puissances, les honteuses servitudes qui proYoquérent, pour partie du moins, l'insurrection des États-Unis, et plus tard la révolte des provinces espagnoles de l',\mériquc du Sud. Mais combien plus juste encore cette assertion nous apparaît aujourd'hui," en presencc de la demi-liberte économique que l'evolution des idées a implantée un peu partout (r) ! IX LES PRINCIPES MODERNES ET LA COI.O:S:ISATION La colonisation contemporaine suscite une question économique et une question morale, d'ailleurs intimement liees. Dans la pensée de (1) Si l'on voul.iit confondre les conserv.1tcurs, en leur montr.rnt leurs contradictions. l'on pourrait encore ajouter que k système colonial s'harmonise assez mal avec k système protectionniste. D'une part, la France ne retrouve ]US dans ses possessions l,t rcmunération de ses dépenses; de l'autre. die doit craindre, pour un avenir plus ou moins rapproché, kur concurrenœ sur son propre m.trche. Elle les .irme de ses ,lcniers, afin d'être mieux fr.tppée par dies. !Xjit l'Angleterre songe à se d.:Cfendre contre les producteurs llindous. Que Jir~ient ks 1Iélinistes si, un beau jom, l'Indo-Chine prétendait ri,·.tliser aYcc les filatures de la Seine-Inférieur<! ou des \'osgcs? Il y a l:i un problème qui prendr:t sans cesse une plus large place dans les preoccupations des puissances, déjà inquiète, du développement soudain du Japon et de Lt rupture de la Chine avec sa traditionnelle routine. Au P.trkment fr.rnçais, lors de LI discussion sur la dernière expédition de t\ladagascar, certains députés exprimèrent l'appréhension, bien prématurée certes, que les bn:ufs malgaches ne vinssent :iggraver les embarras de notre élevage. Nous nous rappelons, en ce sens, une décl.tration de M. Henry Boucher, .\ cette heure ministre du commerce. Pour aujourd'hui nous indiquons seulement les données de la question. Le protectionnisme et l'expansion coloniale déri,·cnt des mêmes principes et veulent sauvegarder les mêmes intérêts de classes; mais théoriquement ils s'anmtlcnt l'un l'autre.

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