LA REVUE SOCIALISTE impunément le budget. En face du fait acquis, de l'annexion accomplie, nos députés se sont crus trop SOU\"Cntforcés de Yoter des crédits. Telle fut la méthode dont on usa pour b Tunisit: et le Tonkin. Plus tard, quand le système fut unin:rscllemcnt flétri et réprouYé, il fallut bit:n consentir à des délibérations préalables. Alors intcrYint la doctrine de la conserYation. Cc fut pour protéger Îlos frontii:res Yioli:es qu'on soumit des devis de dépenses. Certes 011 se défendait <levouloir troubler la paix africaine ou asiatique, mais pouYions-nous laisser l'ennemi saccagn à sa fantaisie nos dépendances? Ainsi nos prem ièrcs conq uêtcs sont deYcnucs le gage, la cause des conquêtes ultérieures, et nous aYons été pris dans le terrible engrenage. Le Soudan reste le plus illustre exemple de cc procédé d'<.:xpansiondont tous les goun:rncmcnts contemporains ont d'ailleurs su se sen·ir aYt:cdextérité. Puisons quelques citations dans ks annales parlementaires : « Nous ne voulons pas conquérir, nous consolidons seulement nos possessions sur le Niger n (Jamais, - anil 1892). -- « Nous ne sommes ni pour la politique de conquêtes, ni pour la politique d'aycnturcs, mais pour celle de conserYation du patrimoine national >) (Hanotaux, - 1894). Chacune de ces affirnutions a coùté quelques millions ou quelques dizaines de millions à la France. Il est infiniment plus aisé et moins dangereux de plaider de la sorte l'imprérn, l'inattendu, sous la pression d'une necessité imminente plus ou moins f-icti\-c, que d'avouer toute la vérite et de déployer tout un plan de conquêtes. Aurait-on été à Madagascar en 1884-1885, sur la foi d'une occupation restreinte :\.quatre ou cinq ports, si l'on avait supposé qu'il faudrait, dix ans aprés, dépenser 65 millions d'un seul coup pour joncher de cadancs la route de Majunga à TananariYc? - Et Ferry n'a-t-il pas donné à ses disciples le plus pn'.:cit:uxdes enseignements, lorsqu'il a déclaré que le propre de la politique coloniale était d'exclure toute pensée maîtresse, et qu'il conYcnait de se laisser conduire par les incidents quotidiens? Cette Yérite admise, les ministl'.:resqu'on interroge sur leurs visecs peuvent se retrancher derrière les hésitations inéluctables de l'expansion exotique. Leurs amis ecrivcnt, comme M. Krantz (Rapport général sur le budget de 189ï) : (< Toute extension nou vcllc de notre domaine colonial doit être préccdce de sa mise en Yaleur >>; - ou comme M. Siegfried (Rapport special des colonies) : (< L'l'.:rcde la conquête est termincc; !'l'.:rede la colonisation commence. >> De pareilles affirmations n'excluent point, ;\. de certaines heures, les expéditions nouvelles et les operations militaires, - qu'on cache jusqu'au dernier moment; - mais le contrôle du pays est élude, et,, pour les timorés l'annexion devient la carte forcée. Voilà la tactique que les cabinets conservateurs ont adoptée chez
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