La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA COLO>IISATIO:-1 SOUS LA TROISlE~!E RÉPUBLIQUE ! 57 nous depuis 1881, pour étendre d'année en année la « plus gr:inde France ii. lis ont apporté la même dcloyauté dans la recherche des moyens financiers. Non contents de g:ispillcr les millions annt qu'ils fussent votes, ils ont détourné des crédits de leur destination légale ou encore présenté des états de prévision fictifs que la réalité devait excéder du double ou du triple. Le chemin de fer de Dabr ù SaintLouis du Sénégal coùtc ..J.O millions au lieu de 17, chiffre fixé primitiYcmcnt. Le chemin de fer de Phu-lang-Thuong i Lang-Son, 22 au lieu de 4. En 1894, les 1,800,000 francs alloués par les Chambres pour la protection de l'Oubanghi, et devenus inutiles aprés la conclusion de l'accord franco-congolais, sont Ycrsés, en dehors de toute homologation constitutionnelle, ù l'expédition du colonel Monteil dans le Hinterland de la Cote-d'[yoire. - C'est dans l'Indo-Chine surtout que l'on a recouru ù des subterfuges stupéfiants pour dissimuler :iux commissions du budget toute la profondeur de l'abime creusé par les folles entreprises du fcrrysmc. Tantôt on consacre au Tonkin des cré-dits octroyés pour le Siam; tant6t, de leur propre initiative, et en dépit des protestations du Parlement, ks gouverneurs passent des marchés, contractent des emprunts :\ des taux quasi-usuraires, quittes ù accuser ensuite des déficits considérables qu'il faudra bien combler. En 1890, ou accorde un subside extraordinaire de ro millions; en 1892, un autre de 12; en 189.~, on autorise un emprunt de 80 millions sous la garantie de la métropole. A Madagascar, pour subvenir ù la derniére expédition, on a été plus loin encore, et cc sont les fonds des caisses d'épargne qui ont payé cette sinistre équipée dont nous ignorons encore le coùt :\ venir. Ainsi les institutions ont été sans cesse Yiolées, les droits les plus sacrés du pays méconnus par les révolutionnaires d'en haut, par ces hommes qui, pour servir les intérêts et les appétits financiers de leur classe, ne reculent dernnt aucune illégalité. Qu'ont-ils risqué au fond? Quelle sanction devaient-ils redouter? La classe capitaliste exerce sur nos assemblées parlementaires une pression si actiYc et si peu contestée, qu'elle a, toujours et malgré tout, obtenu pour ses annexions exotiques des majorités considérabks. Quelque énergie que l'extrême-gauche socialiste ait déployée ù maintes reprises pour se jeter a la tra\'crse des gaspillages r~1ineux et des errements antidémocratiques <les ministres, elle n'a jamais n;ussi ù Yaincrc. Depuis quinze ans, en dépit de toutes les propagandes et de tous les échecs subis, les coloniaux n'ont pas perdu un suffrage. En 1883, les crédits pour le Tonkin sont YOtés par 370 voix contre 139; en 1884, ils reunissent 354 voix contre 157, 372 contre 170, en 1885; les crédits de la prcmii'.:re expedition de Madagascar ( 188 5) passent à 372 voix contre 135; ceux de la deuxième (1894) à 377 contre 143; ceux du Dahomey (1892) a 314 contre 177; ceux du Soudan

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