LA MÉTHODE D'ETUDE DE LA QUESTION SOCIALE I 39 l'i<lcal social. Je n'ai ni le temps ni l'ambition de l'esquisser aujourd'hui devant Yous, m~mc dans ses grandes lignes. Mais je puis bien vous dire qu'à premiêrc vue ses investigations auront à s'engager dans deux voies diflerentes. Tous les problêmcs que comporte la question sociale se présentent sous deux aspects : recherche d'un max11nu111 d'utilité; recherche d'un maximum de justice. D'une part, il faudra se demander ce qui est le plus utile à b société tout entière, à sa prospéritc, à sa sécurité. C'est cc qui arrivera, par exemple, quand il s'agira de saYoir comment il faut organiser la production et la circulation de la richesse ou encore comment il faut inettrc le pays à l'abri des attaques de l'étranger. La société n'est en cas pareils que le syndicat des intérêts identiques de tous ses membres. Mais, d'autre part, comme il peut y a\'oir conflit soit de l'intérêt général avec l'intérêt particulier, soit des intérêts pri,·és entre eux; comme, même en cas d'intér0ts identiques, il n'est pas certain que les volontés soient d'accord sur les mesures à prendre, il faudra toujours se demander d'après quel principe il conYicnt de concilier ces intérêts et ces volontés opposés, et cette conciliation, c'est le problêmc de la justice. La justice est l'inconnue ù degagcr, des qu'il s'agit de regler les rapports des hommes ayec les hommes, de déterminer à qui doivent appartenir les produits et les instruments du traYail, quel sera le régime de la famille et de l'héritage, quels devoirs et quels droits reciproqucs cn matiérc politique, ci,·ile, pénale, militaire, rcYicndront ù l'individu et à la sociéte. C'est ainsi la recherche de la justice qui est prédominante; et qu'on ne redoute pas un antagonisme irrêductiblc entre la justice et l'utilité générale qui lui est subordonnec. Comme l'a établi plus d'un philosophe, comme le redisait récemment M. lzoulct dans son liHe : La Cité 111oderne, si abondant en formules brillantes, la justice, condition de toute association loyale et prospére, la justicc, assurance mutuelle d'interêts entre ceux qui la respectent, dcYient par là même l'intérêt suprême de tous et de chacun (r). Donc la science de l'idéal social est aYant tout la science d(; la justice sociale (2). Les matériaux de cette science existent en nous et (r) Voir aussi à ce sujet Léon Walras. - Études d'écouo111iesociale (pp. r23-H6). Paris, Pichon, éditeur. (2) C'est en ce sens que la question sociale est une question morale. Bien des gens l'entendent autrement. lis semblent croire qu'il suffise de prêcher la vertu. de dire aux riches et aux pauvres : Réformez-vous, corrigez-vohs de vos vices et tout ira pour le mieux. dans le meilleur des mondes. - Il y a lit une équivoque fâcheuse. Si l'on \'CUt dire que la reforme morale des individus dispensera de la réforme sociale, ce n'est pas résoudr~ le problème, c'est l'escamoter. C~r les vices sont précisément en grande partie les fruits d'une organisation défectueuse comme ce qui les engendre, la miscre et l'ignorance en bas, l'opulence et l'oisi,·eté en haut. Si l'on ,•eut dire au contraire que, une fois l'amour d'autrui et ! 'ardeur du dévouement brûlant dans les :\mes, la réforme sociale s'opérerait sans peine et presque d'elle-même, je n'y contredis pas; mais alors, •
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==