138 LA REVUE SOCIAI.TSTE trcs scvcrement contrôlés et trcs précisément formulés; qu'ils soient comme la quintessence de cc que nous sayons de certain sur l'homme et sur la société humaine; qu'ils se résument en quelques vcrités si vraies qu'on n'ait pas même besoin de les démontrer. C'est une tàche délicate, mais non impossible ni décourageante, de choisir ces quelques vcrités primordiales. J'ai idce que les principes de la morale et de la justice sont beaucoup plus simples qu'on ne le croit, et qu'ils sont peut-être plus accessibles aux intelligences mal dégrossies que les axiomes de la géométrie ou que les régies de l'arithmétique. L'intérêt personnel a beau « nous crever agréablement les yeux », comme dit Pascal, on voit assez Yitc cc qu'on devrait faire. Le plus difficile n'est pas la thcoric, mais la pratique de la justice. On me dira encore qu'une telle science sera horriblement dangereuse. - Dangereuse? Assurément, pour les privilèges, les iniquités existantes, les Yicux abus dont il est si commode de jouir en se disant qu'ils sont éternels. J'en conYicns volontiers, et de toutes les raisons qui s'opposent ù la création d'une science de l'idéal social, c'est sans doute la plus puissante. C'est aussi celle qu'on ayoue le moins; et, quand on parle de danger, on fait d'ordinaire allusion aux innovations témcraircs, aux aberrations possibles, aux tentati\·es chimériques pour faire entrer une société dans le cadre rigide d'un système de fer. Je réponds que l'on confond là deux choses trés différentes : la constitution scientifique d'un idéal social, laquelle ne reléve que de la science, et l'application des principes à la réalité, qui rentre dans la pratique et admet toutes les précautions, tous les temperamcnts imaginables. Je réponds encore que tous les jours, parlements et gouvernements, rois et ministres, quand ils rendent un décret ou fabriquent une loi, font tout cela au nom de principes exprimes ou sous-entendus; tout programme, toute mesure politiques impliquent une tlféorie qui la plupart du temps n'a ni valeur ni prétention scientifique. Or, je pose simplement cette question : Lequel est le plus dangereux, d'abandonner la conduite de la société à des gens dont les motifs d'action sont personnels, arbitraires, incohérents, inconsistants, ou bien de rechercher méthodiquement les \Tais principes directeurs qui dérivent de la nature des hommes et des choses? Vaut-il mieux remettre le soin de sa santé à l'empirique ignorant et h:î.bleur, qui purge et saigne à l'ayenture, ou au médecin consciencieux et instruit qui a longuement étudié les causes et les remèdes des maladies? Oh! je sais, tant qu'on est bien portant on raille a\'ec aisance la mcdecine et les médecins; cela fait bien, au theâtre surtout. Mais vienne une epidérnie, fùt-cc une simple épidémie de grippe, et la science a des revanches triomphales. Donc il est legitime, sage> nécessaire de construire la science de
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