LA ~IÉTHODE D'ETUDE DE LA QUESTION SOCIALE I 37 en oublient parfois qu'il y a aussi des sciences abstraites. Pourt:rnt qu\:st-ce que la gcometric, sinon une science de l'idéal? Personne n'a jamais rencontre le triangle parfait, le cercle abstrait sur lesquels clic raisonne : personne cependant n'osera nier la Yaleur des déductions qu'elle tire de ses axiomes et dont la mccaniquc, l'architecture, l'art des ingcnicurs ne sauraient se passer sous peine de rct0mbcr dans le plus grossier empirisme. Eh bien! il y a lieu d'instituer ou, si YOUSaimez mieux, de reconstituer dans le domaine des sciences morales et politiques une science abstraite analogue à ce qu'est la géomctric dans le domaine des sciences de la matiérc. Cc n'est pas assez de tra,·;1illcr à construire une psychologie savante, une histoire solidement documcntce, une sociologie positive. Il faut superposer:\ tout cela 11uescimre tir /'ide11l l)//ll/((Îl1, qui se divisera naturellement en deux branches connexes et distinctes: 1111escie1d1ecle'ideal i11di1·id11d, offrant;\ l'imitation de l':1\'cnir un type d'homme supcricur à l'homme :1ctuel en force, en beautc, en intelligence, en moralitc; u11esciencede l'ideal social, dctcrminant les conditions d'une socictc plus prospère, plus libre, plus juste que les socictcs d'autrefois et d'aujourd'hui. Je ne Yeux m'occuper aujourd'hui que de la seconde et c'est bien suffisant. Vous me demanderez par quels proccdes on peut construire une science de cc genre. Chaque ordre de sciences, i\lessicurs, a ses règles propres, et il n'y a pas de cause d\:rreur plus sùrc et plus fréquente q,uc de transporter dans l'un la méthode de l'autre. Tant qu'il est quc5tion du concret, du rccl prcscnt ou passe, la méthode d'obscrYation, celle qu'on emploie dans les sciences naturelles, est celle qui s'impose, qui permet d'arri\'cr à des n'.:sultats nouYcaux et certains, de s'élever par degrcs des faits particuliers aux Ycrites gcnéralcs. Mais dès qu'il s'agit de scicnc_e abstraite, la méthode change aussitot. En géométrie, par exemple, on pose d'abord des axiomes d'ot'.1 l'on déduit ensuite, conformément aux lois bien connues de la logique, une si:ric de conscqucnces et de corollaires. Le raisonnement est roi en cc domaine, comme l'expérience, controlc et complément de l'observation, est souveraine en physique ou en chimie. De même, dés qu'il s'agit d'idéal social, il faut mettre à la base des axiomes, c'est-à-dire des faits tn;s simples d'ordre moral et politique, des faits cclatant d'évidence, cprouves, Yérifiés par tous les moyens qui sont en notre pouYoir. C'est cc qu'on nomme desprincipes. Et de ces principes une fois établis il faut déduire rigoureusement et courageusement les conclusions qui s'y trouvent contenues en puissance. J'entends d'ici les objections. On v'a me crier que la science ainsi faite sera suspendue dans le vide. - Que non pas ! Il importe seulement que les principes, destinés à servir de base à tout l'édifice, soient
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==