La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA PROPRIETE IDEALE ï séquent, <l\:n,·isagerqu'un jour viendra où nul droit ne leur sera reconnu par la loi sur cette- propriété. S:tn5 plus d'injustice, on peut dire que le seul droit du fils ù l'héritage du bien paternel prend de plus en plus sa b.1scunique, non dans b coopér.llion de cc fils aux tra,·.wx paternels, mais dans l'affection que ses pére et mérc lui ont vouée. Comme le droit a pour mission <l'exprimer des rapports réels et non des sentiments, il n'est pas <la,·antage téméraire <l'entre,·oir le moment où le droit à l'héritage nc se justifiera plus d'aucune rnaniérc vis-:i-vis dc la loi. Pcu sentimentale p:ir n:iture, Li société ne tient guérc compte du sentiment de la propriété en soi, car elle l:i considére :w:int tout en cc qu'elle est réellement, c'est :i-dire un moyen d'existence. Elle ne s'arroge pas le droit d'en dépossé<ler ccux qui en jouissent, et c'est l.i un des points îondamcntaux du droit moderne, d'où la confiscation est bannie. t,,!aissi l'intén:t public exige qu'une.: propriété soit incorporée au domaine de l'État ou dt.:la commune pour la construction d'unt.: route ou d'une école, le particulier sera expulsé de son domaine moyennant une indemnité qui n:présentcr,1 la valeur de cc dont 011 le dépossé<le, soit; mais i 1 11 'en sera pas moins privé de sa propriété sous la îorme et dans la destination qu'elle a,·ait entre ses mains. Il aura beau s'accrocher désespl'.-rémcnt aLtXpierres qui .ll1ritérent le berceau de scs aïeux et le sien, il les lui faudra ,·oir tomber sous le marteau du démolisseur. Que si, pour adoucir son chagrin, il <lem:mde qu':i la Y,tlcur Yénale de son bicn soit ajoutée une sornmc qui en représente la Yaleur scntimt.:ntalc, 1c jury aura tôt fait de le ramener :'1la raison. Cette contrainte n'a <l'ailleurs ricn de trop douloureux pour les propriét.1ircs, bien au contr.1irc, car nous YO)'Ol15 les plus îcn·ents défenseurs de la propriété pri,·ée faire bon marché <leleur mét.1physique et se montrer les plus ardents ù solliciter leur propre expropriation. Il serait trop long d'énumérer ici les lois restricti,•es du droit absolu de propriété, qui finissent par en faire un droit cxtrt:mcmcnt rclatif. 1fais dans leur ensemble, - et notamment celles qui interdisent au propriétaire de détruire certaines propriétés, les récoltes par exemple, ou de pratiquer certaines cultures ou industries monopolisées par l'État, le tabac et les allumettes, par exemple, celles qui réservent a l'État la propriété du sous-sol et celles qui lui donnent sa part des objets que des fouilles ont mis au jour, - toutes ces lois indiquent avec clarté que le droit d'user de la propriété est limité par le droit de la collectivité. On peut ajouter a ces limitations la conversion de la dette des États et des communes dont les plus enragés conservateurs du droit absolu de propriété n'ont jamais osé contester la légitimité. 11a été parlé plus haut du concours que le propriétaire reçoit de l'activité commune, ce concours est rendu encore plus évident quand

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