La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE œu-vrc à faire et ils seraient bien malheureux, nos successeurs sur la terre, s'ils n'avaient plus, pour les aider à vine, l'ai 6 uillon du désir, la joie virile de l'effort, l'espérance et la poursuite du progrés indéfini. D'ailleurs cette imperfection de l'idéal, ù laquelle il faut nous résigner, est la condition ordinaire, n:guliérc à laquelle il est soumis, non seulement en matiérc sociale, mais en tout domaine oü de la science pure on veut passer à la pratique. L'ingénieur applique les principes de la mécanique telle qu'elle existe aujourd'hui; il n'en connait pas et ne peut pas en connaitre d'autre. ?\lais quoi! Parce que les principes qui lui suffisent pourront étre et seront, selon toute vraisemblance, dépassés, complétés, corrigés par la science future, cc n'est pas une raison pour qu'il s'interdise des constructions conformes à b science imparfaite de son temps. Pourquoi hésiterions-nous, quand il s'agit de la société, à prendre modestement, mais résolument, pour guide l'idéal tel que peut le concernir et l'élucider l'époque à demi ci\'iliséc oü nous ,·i\'Ons? Si j'essaie de résumer en une formule philosophique cc que je viens de \'Oll'S exposer, je dirai : Oui, par certains càtés, la société humaine est 111o1rgn11is1J1e qui se développe spontanément suivant des lois qu'il faut connaitre et respecter bon gré mal gré (et cela fut nai surtout pour les sociétés primitives); mais, par le seul fait que cet organisme est composé d'étrcs raisonnables, capables de réflexion et de calcul, il devient et tend ;\ dc\'cnir de plus en plus 111111ùn11is111e, dont les hommes pcm·cnt et doivent modifier l'agencement sui\',lllt un plan conçu par leur raison. Mais ici une difficulté se présente, et trés graYe. Comment déterminer l'idéal destine ù scr\'ir de guide? Chacun de nous Ya-t-il crigcr en principes ses tendances, ses asp1rations personnelles? Quelle confusion, quel chaos à pré\'oir ! Cc serait introduire l'arbitraire et l'infinie varieté des opinions indiYiduellcs dans une recherche dont ks résultats ne peuYcnt avoir d'utilité qu'ù condition d'emporter l'adhésion, sinon de l'unanimité, du moins de l'immense majorité des consciences. Là encore il faut recourir à la science. Seulement il ne s'agit plus de la science de cc qui est. li nous faut maintenant la sciencede cequi doit êlre. - La science de cc qui doit t:trc ! La science de l'idéal! Ccb sonne étrangement, je le sais, à beau- .coup d'oreilles contemporaines. Pendant les cinquante dcrniércs années, pendant cette grande période réaliste dont nous sortons :'t peine, pendant ce long interrégnc d'idéal oü le culte de la force et de l'intcrèt a régné dans la théorie comme dans la pratique, on s'est adonné avec tant de predilcction à l'étude des sciences concrétes que bien des gens

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