La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA MÉTHODE D'ÉTUDE DE LA QUESTION SOCIALE l 35 besoin de vous dire que l'idéal dont je YOUS parle n'a point du tout ce caractére-lù? D'abord il est purement humain et lié intimement à - la réalité, comme la fleur au sol qui la nourrit. Il est né de cette réalité même. Il est une conception de la Yic et du monde dont les origines sont diYcrscs: tantôt il apparait comme un instinct, comme une force héréditaire en qui rcYivent les aspirations de nos aïeux et qui a ainsi ses racines au plus profond de notre être; tantôt il représente une somme de notions venant du fond des siècles, transmises de génération en génération et incorporées au ccn·cau dès la premiérc enfance; chez la plupart des hommes, il se fait et se modifie au jour le jour, souvent par suggestion et imitation, souYent par réaction contre les impressions du dehors, qui choquent notre intelligence et notre sensibilité. Quelle que soit d'ailleurs la provenance des idées qui le composent, qu'il soit formé par la race, le tempérament, l'éducation, par l'cxpé • ricncc ou la réflexion pcrsonnclk, par la science ou l'histoire, peu importe : tous les éléments qui le constituent sont empruntés à la réalité qui nous c1wcloppc et nous contient. Et, s'il part de la réalité, on peut dire aussi qu'il y aboutit; car il devient non seulement une règle de jugement, mais une règle de conduite. Il tend de la sorte à se transformer en fait, à se réaliser, comme on dit, et c'est ainsi, entre la réalité créatrice <l'idéal et l'idéal créateur de réalité, un mouvement de va-et-Yicnt qui sans cesse recommence. A-t-il une Yalcur absolue, cet idéal? Évidemment non, puisqu'il est humain. Il Yaric de hauteur et de nature, suivant les gens, les temps, les pays. Si élevé qu'il soit ou veuille être, il reflète fidèlement l'imperfection de nos connaissances et de notre moralité. Quoiqu'il dépasse cc qui existe, il y tient, non seulement par ses racines, mais par ses erreurs possibles, par ses défauts certains. Est-ce à dire toute- • fois qu'il soit pour cela inutile, impuissant à rendre meilleure la société actuelle? Non certes. D'abord il s'élève déjà beaucoup au-dessus d'elle et il exige pour être atteint une ou plusieurs étapes. Et puis, s'il n'est qu'un point d'arrivée pro,·isoirc, qu'est-ce qui empêchera les générations futures d'aller plus loin? Elles sfront libres, disons mieux, elles seront obligées à leur tour d'en concevoir un autre qui, né d'une réalité moins imparfaite, sera par conséquent plus beau, plus grand, plus noblel plus lumineux. - Il y a, Messieurs, une évolution de l'idéal, parallèle et corrélative à l'évolution de la i:éalité. - L'idéal, à mesure qu'il se réalise, se reforme, se rectifie, se perfectionne, et il offre ce caractére remarquable qu'il avance et monte toujours devant les regards de ceux qui en approchent. Perspective désolante, diront les esprits superficiels! - Perspective singulièrement encourageante, dirai-je tout au contraire! Il faut que l'avenir ait, comme nous, son

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