La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

• 134 LA REVUE SOCIALISTE ses calculs un élément essentiel, la YOlonté de plus en plus consciente des membres mêmes de la société. Je répondrais que cette volonté peut tout au moins ralentir ou accélérer le mouvement de l'ensemble dont elle fait partie et qu'avant d'agir dans l'un ou l'autre sens clic se demandera naturellement si la direction suivie par cet ensemble est bonne ou mauYaise. Je répondrais que, si cette doctrine du fatalisme historique ou organique était vraie, il ne resterait qu'à se croiser les bras et à regarder couler aYcc une impassible résignation le fleuve intarissable de la Yie. L'immobilisme absolu serait le dernier mot de la sagesse. Mais ceux même qui professent cette opinion sont, au fond, s1 bien convaincus que « l'ordre du destin», comme dit Corneille, N'est pas toujours écrit dans les choses passées; ils admettent si bien, en pratique, le pouvoir qu'a l'homme de modifier le milieu social dans lequel il éYoluc, qu'ils se donnent la peine de combattre pour leurs doctrines, de préconiser telle ou telle mesure, de s'opposer à telle ou telle façon d'agir. Or, du moment qu'on prctcnd incliner d'un côté ou d'un autre les hommes ou les choses, n'estcc pas en vertu d'une idée prcconçuc? Quand on rcclamc une réforme, si petite qu'elle puisse être, n'est-cc pas parce que l'on voit ou croit voir avec les yeux de l'esprit quelque chose qui parait meilleur que la n'.:alité existante? De tout cela je conclus que l'étude de cc qui est ou de ce qui a étc, même si clic nous donne des clartés sur la direction probable d'une sociétc, ne peut suffire à orienter notre action : il faut y ajouter l'étude de cc qui doit être. En d'autres termes, puisque tout homme voulant aider, si peu que cc soit, à l'cYolution sociale porte en lui cc qu'on appelle un idcal, il faut, après la réalité qui nous fournit le point de départ, en\'isagcr et étudier l'idéal qui peut seul nous indiquer, sinon le point d'arrivée dcfinitif, du moins la direction où il convient de le chercher. I I J'ai connu le temps, Messieurs, et il n'est pas bien lointain, où toute allusion à l'idéal aYait le don de susciter des coléres et des railleries sans fin. Quelques-uns même prononçaient l'ideïal pour mieux lui marquer leur mcpris. C'est qu'on se le figurait (et certaines débauches d'idcalismc autorisaient cette erreur) comme je ne sais quoi d'étrange, de mystcrieux, voire de surnaturel, tombant du ciel comme un aérolithe ou naissant au hasard d'une imagination en délire. Ai-je

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