La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA ~IÉTHODE D'ETUDE DE LA QUESTION SOCIALE I 33 Yage et de la sorte, dans une certaine mesure, elle le prédispose ù continuer la longue route commencée. Elle prête par là même au désir de progrés, à l'envie du mieux-être l'autorité d'une tradition archi-sécu Iain.:. Et pourtant, tout en rendant hommage à cette science de la réalité, j'ose dire qu'elle non plus ne saurait suffire à guider l'actiYité de ceux qui se demandent : Où allons-nous et que faut-il faire? Je passe sur les lacunes qu'elle présente, sur les contradictions où clic se débat. Vous savez aussi bien que moi les discussions ardentes que suscite encore à l'heure qu'il est l'intcrpretation de l'histoire. Vous n'ignorez pas les thforics opposées qui se disputent la conception philosophique de l'homme. Je ne \·eux pas m'armer, comme j'aurais le droit de le faire, de ces imperfections qui sont peut-ètrc inhérentes à toute science humaine et t1ui pcu,·ent se corriger une à une au cours des années. Je suppose faite et parfaite la science du présent et du passe de l'homme et des societés humaines. Je dis que même alors elle ne pourrait, à clic seule, fournir la solution de la question sociale. En effet, la méthode d'observation, qui est la methode de toute science concrète, ne fournit que des faits, et encore des faits, et toujours des faits. Ce qu'on appelle en langage scientifique une loi n'est pas :1utre chose que la constatation d'un fait général; ceLi revient ;'t "-lireque, telles circonstances etant données, les choses se passeront de telle ou telle façon. Celui qui veut s'en tenir a la science réaliste ne peut que constater avec une superbe indifférence tout cc qui s'offre à ses regards; dès qu'il s'aYisc de juger, des qu'il laisse entendre qu'une chose est bonne ou mauvaise, il introduit un èlémcnt nouveau, un élément personnel, subjectif, emprunté à son esprit, une idée. Il a, qu'il le sache ou non, comp:iré la chose qu'il apprécie :1 un idéal préexistant en lui-même. Et Haimcnt quel sens auraient les mots de progrés et de décadence, si celui qui les emploie ne concc,·ait, d'une façon plus ou moins précise, un type, un modclc d'état social dont se rapproche ou s'écarte la societé réelle considérée par lui? Ainsi déj;'t la critique du présent et du passé exige impérieusement chez celui qui s'y livre l'existence d'un idéal. Cette nécessité éclate plus visiblement encore, si possible, dés qu'il s'agit d'anticiper et de préparer l'avenir. Ici l'idée du mieux devient un principe d'action .indispensable. En vain prétendrait-on savoir avec une infaillible préci- ·sion où tend et où doit aboutir la société ,tctuelle; en vain dirait-01 1 que demain est contenu dans aujourd'hui èomme la plante dans la .graine et que par conséquent demain se realisera de lui-même. Je répondrais (r) que cette théorie est fausse, en cc qu'elle oublie dans (1) J'ai plus longuement discuté cette question dans mon ouvrage : L'Homme est il .libre? (p. 163). Paris, Akan, fditeur.

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