130 LA REVUE SOCIALISTE toujours et partout le probli'.:me est de sa\'oir en quels cas et dans quelle mesure l'action de l'homme vivant en société sera individuelle ou collective. La question sociale, quand on essaie de ramener ses formes diverses a l'unité, se réduit pratiquement i un déclassement et a un reclassement des attributions de l'individu et de la société. Comment la résoudre? En présence d'un~enscmble si étendu, si complexe, il n'est pas étonnant que les meilleures Yolontés soient indécises, désorientées, diYergentcs. C'est pourquoi j'ai voulu \'0us entretenir aujourd'hui de cc qui me parait être au début de tout ordre d'études la chose essentielle : la méthode. Il existe, quoi que puissent dire les apôtres d'ailleurs démodés du pessimisme, des .'unes douces et genéreuses qui croient encore en la bonté humaine, qui comptent, pour supprimer les desaccords et les luttes, sur l'amour et les miracles qu'il opérc, sur la sympathie mutuelle qui peut rapprocher des êtres de mC:me cspécc et les réconcilier dans un élan passionné de fraternité. Et certes cc n'est pas moi L}llinierai la puissance incalculable du sentiment, la haute Yaleur et ks fécondes impulsions de la pitié; cc n'est pas moi qui blàmcrai qui-: conque souffle au cœur des hommes le de~ir de la paix dans l'harmonie et leur rappelle les belles et simples parole5 ou tient peut-être tout le secret du bonheur futur : « Aimez-Yous les uns les autres! » Le malheur est qu'on les repétc depuis tantôt dix-neuf cents ans, ces paroles-là, cc qui laisse,\ supposer qu'elles ont une force de pénétration assez lente. Je sais bien aussi que le mot de fraternité s'étale sur les murs de nos monuments publics. Seulement il ressemble, hélas ! au mot de liberté qui brille tout i côté jusque sur les prisons. Qui de nous ignore qu'il y a loin du fond de l'àme au bon! des levrcs, du sentiment Yivant au symbole menteur qui le représente? Mais quand même un accés d'amour fraternel soulcverait les hommes au-dessus de leur égoïsme ordinaire, comme cela s'est vu dans quelques journées enthousiastes de notre histoire; quand mèmc les velléités vagues de voir les autres heureux se changeraient en Yolontés énergiques, décidées a substituer une entente cordiale au conflit des intérèts riYaux, j'ose dire que cela ne suffirait pas encore. On fait souvent le mal en Youlant et en croyant faire le bien. La charité impitoyable des Inquisiteurs brûlait le corps des hérétiques, sous pn'.:texte de sauver leur àme. L'aumône indiscrete avilit, dégrade, enfonce dans la paresse ceux qu'elle prétend soulager. Les meilleures intentions ont besoin d'être éclairées, sous peine d'être stériles ou d,rngereuscs. Oui, sans nul doute, la tendresse pour tout ce qui vit et souffre, la compassion pour les faibles et les opprimés, l'amour <le l'humanité enfin, voilà de nobles et précieux stimulants d'activité. Ils
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