La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

108 LA REVUE SOCIALISTE nouveau et original. Cc mari, fort trompé et trés renseigné sur les frasques de sa femme, auxquelles il est philosophiquement indifférent, est un vieux saYant. Il a fait fi de ses droits éYentucls à la couronne et ne vit que pour la science et dans son laboratoire. Il a pour collaborateur un jeune homme, trés savant aussi, qui est son indispensable auxiliaire. Or il s'aperçoit que l'archiduchesse favorise le mariage de ce jeune homme aYec une aYcnturiére americainc - ceci d'ailleurs est obscur et mal expliqué dans la piéce. Ainsi son préparateur, l'ami de sa pensée, le compagnon de ses recherches, Ya lui être ravi. Il ira en Amérique où sa ccp;cllc mcn·eillcusc dcYicndra une Yulgairc machine à dollars, où ses im·t.:ntions seront exploitées pour augmenter la fortune des riches et la misére des prolétaires, suivant les lois de cc qu'on nomme la civilisation moderne. Et c'est dans un acccs de colérc ainsi motivé que l'archiduc dcYicnt assassin. Je le répcte, cc type et cette raison de Ycngean<::cont paru ingénieux et originaux. Il est regrettable néanmoins que i\l. Bourget ait encore trouve moyen d'c1n-oycr quelques injures à la science et ù la ciYilisation. J\Iais cetk Yuc anarchiste est chose élégante aujourd'hui. Si, au lieu de ces idées, l'auteur aYait émis celle-ci ou à peu prés : « Le progrcs des arts, des sciences, de la civilisation est une chose bonne et utile que rien d'ailleurs ne peut enrayer; il produit, à la Yl'.-rité, de fàchcux effets dans notre société; mais cc n'est pas parce qu'il porte en lui-même aucun germe dangereux ou nuisible; c'est parce que cette société est défectueuse et mal préparée à le recevoir; c'est parce que certains hommes puissants s'attribuent injustement les bienfaits des transformations au détriment d'hommes plus faibles qu'ils exploitent; » si i\1. Bourget avait parlé ainsi, il aurait tenu le Lrngagc d'un socialiste et il aurait grandement déplu aux bourgeois, chose regrettable entre toutes. Un mot sur Ubu roi, que l'on a sifflé avec éclat au théàtre de l'Œuvre. C'est une satire fécale et naïve contre les rois, gent brutale, cupide et gr.rnde exploiteuse de peuples. Je ne reprocherai pas à cette farce son excessive grossiércté, encore que la arossièreté ne soit nulle- . 0 ment de mon goùt. Il faut se rappeler que les satiriques les plus puissants, Aristophane, Swift, Rabelais, \'oltairc, s'en sont serYis et en ont tiré parfois des effets extraordinaires de comique. !\lais dans Ub1t roi, J\1. .\lfrc<l Jarry n'a mis aucune i1wention, rien qui soit neuf. Toutes ses scénes ont trainé dans les opérettes; nous en avons les yeux et les oreilles rebattus. Et puis, pourquoi une comédie guignolesque? Le genre guignol co1wient à des enfants: il les amuse par son énormité même. Mais il n'a aucune chance de plaire à des grandes personnes dont le goùt mieux formé a besoin d'apprécier des finesses et des nuances. GASTO:{ STIEGLER.

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