La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

CHRO~IQL.:E TIIÉ.\TRALE IOï l\1. Brieux ,1 rnanqul'.: l.1 ~urti..: philosophiqu..: de sa piécc; il n'a pas trop bien rl'.:ussi Li p-trtic dr.rnutiquc; n1.1isk côtl'.: corniqu..: est fort bon; il y ,1110t,un111~nutn r..:bouteux tn:s drôk et de bonnes caric,1turl'.s de médecins. L',rnteur a de l\:sprit; je crois qu'il s..:ra s.1ge de chercher à fair..:d..:s pièces gaies sans aborder de trop hauts sujets. Les ,llltcurs d'idylle tragique ne se sont point embarrassés tic gra,·cs pe11sl'.:cs.Ils nous ont contl'.: une histoire d'amour d'un ton Yioknt clc\·,rnt laquelle nous nous sommes éto1rnès de n.:q..:r froids. Il y a dans cette piéL-Cb<.:,lllcoupde cris, des hl'.Lirtsde \'Olontés contraires, de l.1pa%ion, des fc1111rn:qsui se Lim<.:ntcnt, un meurtre, et, je n<.:sais comment, tout cela n'èmeut pas. La donnèe c~t intl'.:ressantc, c'est la lutte de l'amour et de l'amitie. [I s'agit de deux amis intimes, deux amis unis ètroitement p,ir un de ces liens tels qu'en cl'.:lebr,iicnt k, Grecs et les Romains. Le hasard kur fait rencontrer et aimer la mém<.: femme, une femme f.Ùale, qui est un.:: archiduchesse. A,·crtis de ccttl'. coïncidene<.:, ils se rèsignl'.nt g0nercusemcnt au chagrin de rrnoncl'.r l'un et l'autre :\. leur amour : aucun d'l'.ux, en effet, ,1c \'Oudrait .'.:trl'. heureux par le malheur de son ami et que 1'1111 souffrit par l'autn: les tourments de Li jalousie. En fait, le dénouement n'est pas aussi simple que cela. L'archiduc, le m.1ri de Li femme fatale, intcn·icnt, surprend un des jl.'uncs gens tL!ns son jardin, la nuit, au moment d'un rcntkzvous, et le fait assassiner, comme dans les Capricesde .\Inriauuc. Cett<.: conclusion tragil]UC ne par\'icnt p,1s J empoigner k spectateur. Pour traiter un p:1rcil sujet, il fallait y mcttr..::de la noblesse, de Li grandeur, de i'heroïsme. L'héroïsrnç est dans l'intention du drarn<.:,nuis 11011p.1~ dans l'exécution. La comedie bourgeoise, a\"cc sL:s pcrso1111agesc11 veston, a,·..:cson styk semblable :\ notrç langage courant, c'cst-ù-dir<.: neccssain.:rncnt assez plat, nç se prC:tepas i l'expression des sentiments ékYés et gr,mds : clic ne s'accommode bien que de la satire. Je ne Yois gucre autour de moi d'ètrcs exquis et purs, aux nobles conceptions, aux hautL:s pçnsées, aux ùmcs démçsurecs. Si \'OUS en imaginez, si \'Ous YOulez les porter au thè:'ttrc, cc dont je Yous félicite, ne les placez pas dans le milieu moyen et terne où nous YiYons; ne leur imposez pas le langage de nos conYcrsations que ,·ous rendrez tout au plus distingué et qui restera médiocre. Cet écueil du style, ,\ugicr et Dumas s'y sont brises. Leurs pièces, si iogénicuscs, si bien construites, restent petites par l'expression. Pleines de merite et de talent. elles ne sont jamais délicieuses. Voilà ui1 siècle qu'on fait l'çxpéricnce du drame bourgeois : il n'a pas donné un chç(-d'ccu\Tc. Et cc qui est beau, quoique imparfait, dans l'œm-rç dramatique contemporaine - Hugo et Musset - appartient au théàtrc historique ou fantaisiste. Il y a pourtant dans Idylle tragique un role, ou <lu moins une silhouette, qui a plu. C'es, le pcrsonnagç de l'archiduc, qui a paru

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