LA PROPRIÈTE IDtALE 3 suscités. C'est ainsi que tel, par respect pour le droit de propriétc, refusera l'hcrirngc d'un parent enrichi par la rapine et que tel autre, en vertu même de son amour, acceptera que celle qu'il aime soit heureuse avec le riYal qu'elle lui a préfcré. Mais qui 11c voit, par ces exemples m0mcs, que, si dcsirablc que soit leur génér,1l isation, de tels cas sont :'t la fois trop exceptionnels et trop rares pour constituer la régie? Si donc tout homme a pour idcal d'ètrc proprictairc, c'est que tout homme est dominé par des besoins d'où dcpcnd son existence même et que la propriété assure la satisfaction de ces besoins. _Cda est tellement \Tai qu'on voit l'idéal de la propriété yarier scion les milieux, au moins dans son objet et dans sa [orme. Qu'un ouvrier parisien hcritc par aventure d'une fcrm.:- en Beauce, et Yous la lui verrez cchangcr i:nmcdiaternent contr.:- des obligations de chemins de fer; qu'un paysan beauceron hcritc de Yaleurs mobilières, il n'hcsitcra pas un seul instant à les troquer contre quclqul's hectares de terre. Pourquoi cela? Parœ que, en fait gcncral, cc que chacun a en vue dans la propriétc, Cè n'est pas la propricté elle-m0rnc, mais le revenu dont clic est la source. Le sentiment de la propricté en soi, l'amour de la propriété pour clic-même n'cxistl'. que chez les individus qui possèdent plus que le nécessaire et l'on YOit alors cc sentiment agir en eux seulement sur les objets qui constituent leur superflu. Un.:- galerie de tableaux, une chasse réscrYee, une maison de ?!aisance sont c\·idcrnment des propriétés; la jouissance qu'en érrouvc celui qui les rossédc rcut quelquefois l'emrorter jusqu'J leur sacrifier les prorriétcs dont il tire les revenus nécessaires :'t sa subsistance et i l'entretien de ces rropriétés de luxe ou de jouissance directe; mais s'il est mis dans la nécessité de renoncer :1 une partie de cc qu'il possède, c'est la propriété de jouissance qu'il sacrifiera, et non la propriété de rapport, sous peine d'ètrc bicntot dépossède de cc qu'il a prUcrc garder. Théoriquement, la société ne met aucun ob~tack ù l'asriration de chacun ù la propriété. Pratiquement, clic met tous ses organes politiques et judiciaires au ser\'icc de ceux qui ont realisé cet idéal pour leur propre compte. Mais, théoriquement pas plus que pr,1tiquement, clic n'aide personne ile rcaliscr. Ses lois règlent les moyens par lesquels s'acquiert, se conserve et se transmet la propriété; clics répriment avec rigueur tous autres moyens que ceux qu'elles reconnaissent, et les hommes qui la représentent dans le gouvernement, les tribunaux et les chaires d'enseignement prou\·cnt par actes et par paroles que les moyens légaux et licites par eux édictés, classés, gardés .:-t préconises suffisent, et que quiconque n'est pas propriétaire ou en passe de le devenir ne mcritc aucune attention, ·sa paresse et ses vices étant
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