La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS révolte. Car Guesde nous parait avant tout un sensitif et un émotif. L'impitoyable dialecticien ne vient en lui qu'ensuite. Le comte de Mun prend aussitôt la parole. Il est d'avis de perfectionner la loi de 1892, de donner i l'inspection plus de force et d'autorité; mais il tient surtout a combattre la doctrine funeste, a son avis, qu'avec le rcgimc capitaliste aucune réforme ne peut être vraiment efficace, parce que cc régime est corrompu dans sa source par l'exploitation capitaliste, c'cst-i-dirc par le prélcvemcnt de la plus-value sur le travailleur. C'est là la théorie de Marx: « Je n'entends pas reprocher à cette doctrine son origim: allemande. C'est un argument que je ne trouve pas sérieux. » (Ceci est probablement à l'adresse de M. Bourgeois.) Les arguments <leM. de Mun contre la théorie de la plus-value sont les·sui\·ants : 1° Si l'ouvrier ne reçoit pas la pleine valeur de son produit, s'il ne peut pas avec son salaire racheter le produit de son travail, c'est parce qu'il faut payer la matière p1:cmicrc, l'usine, la machine, rétribuer l'intelligence directrice, préleYer des fonds de reservc pour l'amélioration de l'outillage et pour parer aux aléas de l'affaire. - Tous ces prélèvements faits, il reste l'intén'.:t du capital et les bénéfices de l'entreprise. '\'oila, d'apn'.:s les socialistes, cc q-ui est abusif. Mais, dit M. de Mun, le capitaliste apportant a la production un elément indispensable, dont il est le possesseur, mérite une n;tribution. Si le capital ne reçoit plus d'interêt, il n'y aura plus de capitaux, et l'industrie s'arrêtera. 2° Les bénéfices de la classe capitaliste, les sommes consacrées à la rétribution même des possesseurs des capitaux, sont bien moindres qu'on ne se l'imagine. Il y a des industriels qui réalisent de gros bénéfices; mais d'autres sont en perte. Dans cc dernier cas, c'est le travail qui exploite le capital. La loi de Marx serait renversée. D'une façon générale, pertes et bénéfices se compensent; l'attribution aux ouvriers des sommes destinées au capital n'augmenterait leur salaire que dans une très faible proportion, si toutefois elle était compatible avec l'existence même de l'industrie. 3° Comment fonctionnera la sociétc collectiviste ? A cet cgard, l'incertitude et l'obscurité règnent dans vos esprits. « Je lis attentivement la Revue Socialiste, et en particulier les articles trcs intéressants que M. Georges Renard a consacrés à l'exposé du collectivisme. J'ai lu aussi les études où M. Jaurès a apporté au service de sa cause l'effort de sa plume après celui de sa parole, et il m'a paru que tous deux, s'ils n'étaient pas troublés eux-mêmes, laissaient leurs lecteurs profondément troublés >,·. Les socialistes ne veulent et ne peuvent préciser ce plan d'organisation. Ils objectent : Est-ce que à la veille de la Révolution de 1789, quelqu'un aurait pu dire ce qu'allait être la société du lendemain? - M. de Mun répond : La Révolution a moins

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