La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

. . REVUE DES REVUES 81 de leur compassion sociale, de leur sympathie pour les humbles. Instincts et habitudes les retiennent dans un monde qu'ils combattent d'imagination et d'idéologie au nom d'un peuple qui ne sut leur inspirer qu'un sensible et miséricordieux intérêt. D'autre part, trop confiants en la valeur supérieure de l'intelligence en matière de gouvernement, de leur intelligence particulicrcmcnt, ils sont trop portés à s'imaginer que la rai.son est le seul et grand instrument de la direction des sociétés humaines, sans s'apcrccYoir que chez l'homme l'intérêt est merveilleusement habile à parer ses désirs et ses satisfactions des apparences de la souveraine raison. Ils ne veulent pas voir que le progrés humain est déterminé autant par les conditions du milieu économique, par la transformation naturelle des n\odcs et ressources de la vie matérielle, quc par la volonté et la raison des intelligents. Et en.fin, ignorants des rcalités cconomiq ues, ils restent timides, hésitants; apeurés. Ils ne sont qtfe des voix qui vibrent, non des volontés ::igissantes. Cette prévention n'::i ètc que trop justifiée au cours de ces derniéres années. Nous avons vu les cigog11es entrer dans la vie politique. La voix harmonieuse s'est tue. L'annonciateur, celui dont les générations nouvelles devaient recevoir l'éYangilc des temps nouveaux, est devenu un des pâles suffragants de toutes les majorités opportunistes. Pas une fois sa voix ne s'est élevée, au nom des miscrcs sociales, contre les « riches et les puissants ». Nous avons entendu les déclamations élégantes des hommes de l'::iction morale. Tous sont venus porter la bonne parole sociale. lis ont médit, eux, des mauvais riches, des trop puissants; poliment, galamment, ils les ont priés de faire quelques sacrifices charitables et compatissants à la misére, au travail, qui réclame la vie et la lumière. Cela était joliment dit. Ceux-là même que l'on sollicitait ::ipplaudircnt. Ils allércnt un peu plus souvent aux bals de charité. Non, de tout cc monde ::ingoissé de la littérature et de l'art, pas un n'a osé embrasser sa pensée tout entiére, soutenir jusqu'au bout tout son effort. Ce fut un avortement misérable. Et cela ne nous a valu rien de plus que les lamentations à tant la °ligne de François Coppée, concurrence bien achal::indée aux effusions pleurardes de Mme Séverine. Quand il s'est agi de l'instruction du peuple, de secourir, non plus les corps, mais les esprits, suivant la formule consacrce ( c'est là une cause chcre à M. Bérenger), même impuissance radicale. De tous ceux qui ont osé critiquer notre systéme d'instruction, revendiquer la liberté entiere des esprits et des idees dans l'enseignement, pas un n'a affirmé hautement sa croyance, pas up n'a tenté l'effort necessaire pour rallier a lui l'opinion publique mieux éclairee. Agitation de.surface, et rien de plus, parce qu'aucun de ces pretendus réformateurs,. de ces apôtres d'ideal, 6 ..

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