80 LA REVUE SOCIALISTE miraculeusement transformé. (Je remarque en passant que l'inspiration rdicrieusc et l'inspiration littéraire se sont rencontrées <lans une sorte de ~ommunion en un idéal éYangélique et moral <le démocratie paternelle, mue par le sentiment intime.) D'une manierc générale ces littér.ncurs sont restés des littérateurs; ils ont cru qu'il suffisait d'aborder le problemc social avec Je généreuses pensées, de belles émotions et des phrases simples et sonores. Une fois de plus ils viennent déverser dans la vie leur yaguc :i l'àmc. Dans cette union que l'on nous représente nécessaire et féconde <le la poésie et de l'action, je crains qu'il n'y ait un malentendu, et je Youdrais ici le dénoncer nettement. li fut un temps, k temps même de Lamartine, <les révolutions de 1830 et de 1848, où il suffisait peut-être <le quelques grandes idées, qui n'ctaicnt que des idées, pour satisfaire cc que l'on appelle d'un mot bien imprécis et inexact : la démocratie. Le vieux fonds des principes de la révolution alimentait la vie intellectuelle de. meilleurs esprits : cc fut la grande époque du libéralisme, qui d'ailleurs au pouvoir allait s'affirmer le parti de la doctrine, de l'autorité et de la reaction. Le sentiment chrétien, l'esprit évangélique toujours Yivace et renaissant, soutenait et inspirait d'autres esprits cmincnts; enfin quelques intelligences plus vastes, plus ouYertes, mêlaient a ces idées de liberté, ù ces sentiments de fraternitc religieuse, une preoccupation plus vive de l'émancipation populaire, tout au moins de son affranchissement politique. Les nais dcmocrates, trop en n,·ancc sur leur temps, concevaient un ordre social nouveau, une organis:-ttion rationnelle du tra\'ail, sans avoir sufüsamment médité les moyens de réalisation. Cc vague des idées, cette agitation ondoyante, cette rhétorique sonore de sentiments imprécis, cette indétermination <les desseins et des plans, étaient, ont été toujours particulièrement propres a recevoir la forme littéraire, à inspirer les grands élans lyriques et les effusions oratoires. Je ne nie point <l'ailleurs l'importance et l'intcrêt de ces débordements d'idéalisme et de sentimentalisme. Ils créent des courants plus ou moins superficiels; ils purifient l'atmospherc intellectuelle; ils inquiètent; ils laissent dans l'attente de nouveautés; ils causent un trouble salutaire. Mais le danger est que, faute <l':-tYoirpris nettement position dans la mêlée so~ialc, d'arnir choisi a\'cc réflexion telle ou telle solution des questions posées, ces littérateurs de pensce haute et <l'âme gcncrcusc se laissent arrêter des les prcmiéres difficultés entrevues. Conservateurs et aristocrates d'instinct, ils s'étonnent, ils s'effarent des conscquenccs de cette agitation <les esprits qu'cux-mtmcs ont entretenue et nourrie. Ils n'avaient pas prévu telles ou telles réalités; ils n'avaient pas entrevu les effets nécessaires, les aboutissants logiques
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