La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

. LA REVUE SOCIALISTE ne dcsirc vraiment l'affranchissement absolu du peuple, parce que, contents de satisfaire leur âme, ils veulent des réformes pour la gloire et l'estime de les proposer et de les dcfcndrc, mais non vraiment d:rns J'intcrêt et pour la satisfaction légitime <lupeuple. Les idccs les tentent, et non leur rcalisation; le dessein, et non les moyens et la fin. Mais le peuple est las d'être bercé de phrases creuses et d'idcaux impuissants. Il est las de la compassion même esthétique, et de la sympathie même intellectuelle. Il n'attend rien de la charité, de la bonté d'âme, de la volonté raisonnable de ceux qui actuellement se prctendent ses maitres ou se croient ses supérieurs; il revendique ses droits. Il a droit a la vie, à la pcnscc, a la lumière des choses, aux vérités de la science, aux jouissances de i'art et de la beauté. Il a conscience de sa force; il n'implore plus; il n'cspérc plus; il réclame et il Yeut. Les beaux parleurs qui ne l'aiment point sinccrcmcnt n'ont rien à faire auprès de lui. Il accepte des conseillers aptes a le servir; non des directeurs qui prétendent le diriger sans contrôle au nom de l'on ;1e sait quelle raison bourgeoise, philosophique ou livresque; ni des habiles qui l'endorment sous les phrases artificieuses et lui cachent la réalité des choses. Les poétcs et les rhéteurs ne sont que des instruments harmonieux, lors même qu'ils vibrent d'un frisson intime et profond. Cc qu'il faut surtout à la sociétc moderne éprise d'ordre et de clarté, ce sont de puissants et patients calculateurs. La, et là surtout, est le malentendu. Notre société moderne étouffe sans âme, parce qu'elle subit de toute part les dominations matérielles, qui l'ctrcigncnt et l'enserrent; parce qu'elle se dcménc sans fin dans l'inquictudc du lendemain, et ne reçoit nul avantage de son formidable labeur désordonne. C'est dans l'âme et l'esprit que nos intellectuels voient le mal, le mal moral; car « la question sociale est une question morale »; et le mal en vérité est ailleurs: dans la concurrence effrcnce des vies, dans le rude et inutile effort pour l'existence (à peine), dans le désordre et le gaspillage des forces économiques, dans l'oppression de fait naturelle et iné\'itablc de la richesse acquise, dans l'antagonisme universel des forces de travail et d'activitc. N'en déplaise aux poetes, la vraie question serait plutôt une question <le chiffres qu'une question d'âmes. Avant de faire des individualitcs fortes et solidaires, il faut des individus libres dans des groupes organisés. Cette liberté dans l'organisation la plus rationnelle, la plus adaptcc aux conditions du milieu cconomiquc, c'est notre dessein, notre objet. Et c'est pourquoi notre propagande est seule a la fois précise, déterminée, riche d'idées et riche d'émotions, hautement éducatrice; son idéal plonge en pleine réalité vivante, et c'est un idéal d'ordre, d'harmonie, d'accord universel pour la vie, la vie épanouie de tout l'être dans la force et la beauté des choses.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==