REVUE DES REVUES 79 J'ai tenu à e"xposer en détail les idées de M. Berenger. Nous assistons, en effet, à une sorte de réveil social de la jeune litterature. Tourmentée par les grandes questions qui sont posées devant elle, par cette agitation même des esprits qu'a excitée en france et dans toute l'Europe la propagande socialiste, la jeune géneration littéraire se sent portée, entrainée vers la vie riche et féconde de notre temps. Elle comprend que l'heure est passée de s'amuser aux bagatelles de l'art quintessencié, que les jeux de versification et les amplifications d'habile rhethorique ne sont plus de ton ni de saison; elle se retourne vers l'époque frémissante et bru issante; clic veut en percevoir le frisson inquiet, en ressentir les vibrations, les e:-.primer à son tour par les formes de l'art. Ceux qui ont suivi attentivement les dernières manifestations des jeunes - et même des jeunes de la veille ou de l'avant-veille - ont pu observer cette préoccupation, ae plus en plus générale chez les ecrivains comme chez les artistes sinccres, de ce qu'on est convenu d'appeler la question sociale. D'abord elle se manifesta chez quelques esprits isolément; puis des groupes entiers, comme ceux des jeunes écrivains catholiques, ou néo-chrétiens d'inspiration protestante, inclinérent à l'inquiétude sociale; elle apparut sous la forme violente et absolue d'aspirations libertaires chez les symbolistes, les barrésistes et autres, nagucre purement confinés dans le souci de la sensation d'art. Enfin et surtout elle a absorbé toutes les forces vives de la jeune université. Tous ceux qui de prés ou de loin sont venus aux lettres, en passant par la forte éducation philosophique ou historique que l'étudiant d'aujourd'hui reçoit ou peut se donner dans nos facultés, n'ont pu échapper au grand courant de la pensée moderne, dirigé par la science et par les aspirations générales de l'humanité présente vers les fins sociales, vers la conception sociologique du monde, reposant sur le grand principe de la solidarité, fondement du monde physique, du monde vivant, du monde moral, de l'univers et des sociétés. Dans cette agitation nouvelle des esprits, il fallait s'attendre à beaucoup de confusion, de trouble, de desordre. Les uns sont venus franchement, simplement, à l'étude des questions économiques, des solutions proposées par les partis, et ont fait leur choix. D'autres n'ont apporté que des aspirations vagues, de nuageuses rêveries, les grands mots et les amplifications restées sans emploi. Épris de formules vaines, de conceptions littéraires, philosophiques ou esthétiques, ils ont établi des maximes nouvelles, des propositions merveilleuses, forts chacun de sa petite théorie personnelle, et des préceptes de conduite sociale qu'il avait récemment découverts et institués dans ses rapides méditations, et déjà dans leur riche imagination ils entrevoyaient les pe°iiples domptés, les esprits émus, les âines ébranlées, le monde •
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